Tu sais calculer ex pour n'importe quel réel x. Ce chapitre fait le chemin inverse : quel nombre x vérifie ex=2 ? La réponse s'appelle le logarithme népérien de 2, noté ln2. La fonction ln est la réciproque de la fonction exponentielle. Elle transforme les produits en sommes, elle permet de résoudre les équations où l'inconnue est un exposant, et elle sert dans de nombreux problèmes : seuils, temps de doublement, datation.
Dans tout le chapitre, les repères sont orthonormés quand on compare les courbes des fonctions exp et ln.
Résolvons ex=2. La fonction exponentielle est continue (elle est dérivable, chapitre 7) et strictement croissante sur R. Comme e0=1<2 et e1=e≈2,718>2, le théorème des valeurs intermédiaires (cas des fonctions continues strictement monotones, chapitre 7) donne une unique solution, comprise entre 0 et 1. La calculatrice donne environ 0,693. Mais aucune des fonctions connues ne donne la valeur exacte : il faut une nouvelle fonction.
1.2 Définition
Propriété. Pour tout réel k>0, l'équation ex=k admet une unique solution dans R. Pour k≤0, elle n'en admet aucune.
Pourquoi. La fonction exponentielle est continue et strictement croissante sur R, avec x→−∞limex=0 et x→+∞limex=+∞ (chapitre 4). Si k>0, il existe donc un réel a tel que ea<k et un réel b tel que eb>k ; le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur [a;b] donne une solution, et la stricte croissance empêche qu'il y en ait deux. Si k≤0, il n'y a pas de solution, car ex>0 pour tout réel x.
Définition. Pour tout réel x>0, le logarithme népérien de x, noté lnx ou ln(x), est l'unique réel dont l'exponentielle vaut x. La fonction ln:x↦lnx est définie sur ]0;+∞[.
Le logarithme d'un nombre négatif ou nul n'existe pas.
1.3 Une fonction réciproque
La définition se traduit par une équivalence : pour tout réel x>0 et tout réel y,
y=lnx⟺ey=x.
On dit que la fonction ln est la fonction réciproque de la fonction exponentielle. L'exponentielle associe à chaque réel un nombre strictement positif, et chaque nombre strictement positif est atteint exactement une fois : c'est une bijection de R sur ]0;+∞[. Le logarithme fait le chemin inverse, de ]0;+∞[ vers R.
xexpexlnx
1.4 Premières valeurs
Exponentielle
Logarithme
e0=1
ln1=0
e1=e
lne=1
e2≈7,389
ln(e2)=2
e−1=e1
ln(e1)=−1
Pour les autres nombres, on utilise la touche « ln » de la calculatrice : ln2≈0,693, ln10≈2,303, ln0,5≈−0,693.
1.5 Deux formules
Elles découlent directement de la définition :
pour tout réel x>0, elnx=x ;
pour tout réel x, ln(ex)=x.
Appliquer l'une des deux fonctions puis l'autre ramène au point de départ. La première formule n'a de sens que pour x>0.
1.6 Exemples
Exemple 1.ln(e−3)=−3 ; eln7=7 ; ln(e)=ln(e1/2)=21, car e=e1/2.
Exemple 2. Résoudre ex=5. Comme 5>0, l'unique solution est x=ln5≈1,609. L'équation ex=−3 n'a aucune solution ; l'équation ex=1 a pour solution x=ln1=0.
Exemple 3. Résoudre lnx=2, pour x>0. Par l'équivalence de 1.3, lnx=2⟺x=e2≈7,389. De même, lnx=−1⟺x=e−1=e1≈0,368.
Exemple 4. Résoudre e3x=4. Comme 4>0 : 3x=ln4, donc x=3ln4≈0,462.
Propriété. Pour tous réels a>0 et b>0,
ln(ab)=lna+lnb.
On dit que le logarithme transforme les produits en sommes.
Démonstration. D'après la propriété de l'exponentielle vue en Première,
elna+lnb=elna×elnb=a×b.
Par ailleurs, eln(ab)=ab. Les réels lna+lnb et ln(ab) ont la même exponentielle. Comme la fonction exponentielle est strictement croissante, deux réels distincts ont des exponentielles distinctes : ln(ab)=lna+lnb.
2.2 Les conséquences
Pour tous réels a>0 et b>0, et tout entier relatif n :
Règle
Justification
ln(b1)=−lnb
lnb+ln(b1)=ln(b×b1)=ln1=0
ln(ba)=lna−lnb
ba=a×b1
ln(an)=nlna
enlna=(elna)n=an (Première : enx=(ex)n)
ln(a)=21lna
a×a=a, donc 2ln(a)=lna
2.3 Exemples
Exemple 5. Écrire en fonction de ln2 et ln3.
ln18=ln(2×32)=ln2+2ln3.
ln(161)=−ln(24)=−4ln2.
ln(12)=21ln(22×3)=21(2ln2+ln3)=ln2+21ln3.
ln0,75=ln(43)=ln3−2ln2.
Exemple 6.A=ln(e3)−ln(e)+ln(e21)=3−21−2=21.
B=ln12−ln3−ln4=ln(3×412)=ln1=0.
Exemple 7. Pour tout réel x>0 : ln(x2+x)−lnx=ln(xx2+x)=ln(x+1).
Exemple 8.3−5>0, car 5≈2,236. Donc
ln(3+5)+ln(3−5)=ln((3+5)(3−5))=ln(9−5)=ln4=2ln2.
2.4 Les pièges
Il n'y a pas de formule pour le logarithme d'une somme.ln(1+1)=ln2≈0,693, alors que ln1+ln1=0.
Le logarithme d'un produit n'est pas le produit des logarithmes.ln(e×e)=2, alors que lne×lne=1.
Attention au signe. La règle ln(an)=nlna demande a>0. Pour x=−3, ln(x2)=ln9 existe, mais lnx n'existe pas : ln(x2)=2lnx n'est vrai que pour x>0.
2.5 Deux équations fonctionnelles en miroir
Le programme demande d'« utiliser l'équation fonctionnelle de l'exponentielle ou du logarithme pour transformer une écriture ». Les deux tableaux se correspondent ligne à ligne.
Exponentielle (tout réel a, b)
Logarithme (a>0, b>0)
ea+b=eaeb
ln(ab)=lna+lnb
e−b=eb1
ln(b1)=−lnb
ea−b=ebea
ln(ba)=lna−lnb
ena=(ea)n
ln(an)=nlna
L'exponentielle transforme les sommes en produits ; le logarithme transforme les produits en sommes. C'est cette propriété qui a fait le succès des logarithmes, bien avant les calculatrices (leçon 8).
Propriété. La fonction ln est strictement croissante sur ]0;+∞[.
Démonstration. Soient 0<a<b. Si l'on avait lna≥lnb, la croissance de l'exponentielle donnerait a=elna≥elnb=b, ce qui est faux. Donc lna<lnb.
Conséquences. Pour tous réels a>0 et b>0 :
lna=lnb⟺a=betlna<lnb⟺a<b.
On les utilise avec celles de l'exponentielle, vraies pour tous réels a et b : ea=eb⟺a=b et ea<eb⟺a<b.
3.2 Signe du logarithme
Comme ln1=0 et que ln est strictement croissante :
lnx<0⟺0<x<1 ;
lnx=0⟺x=1 ;
lnx>0⟺x>1.
Par exemple, ln0,5<0 et ln3>0.
3.3 La méthode
Chercher où l'équation a un sens : tout ce qui est dans un logarithme doit être strictement positif.
Transformer l'équation, avec les règles de la leçon 2, pour comparer deux logarithmes ou deux exponentielles. Un réel k s'écrit k=ln(ek), et un réel k>0 s'écrit k=elnk.
Résoudre avec les équivalences de 3.1.
Garder seulement les solutions qui sont dans l'ensemble trouvé à l'étape 1.
Les équivalences les plus utilisées : pour tout réel k, lnx=k⟺x=ek et lnx<k⟺0<x<ek ; pour tout réel k>0, ex=k⟺x=lnk et ex<k⟺x<lnk.
3.4 Équations
Exemple 9. Résoudre lnx+ln(x−3)=ln10.
Il faut x>0 et x−3>0, c'est-à-dire x>3.
Pour x>3 : ln(x(x−3))=ln10.
Donc x2−3x=10, soit x2−3x−10=0, c'est-à-dire (x−5)(x+2)=0 : x=5 ou x=−2.
Seul 5 est strictement supérieur à 3. S={5}. Vérification : ln5+ln2=ln10.
Exemple 10. Résoudre e2x−1=7. Comme 7>0 : 2x−1=ln7, donc x=21+ln7≈1,473.
Exemple 11. Résoudre ln(2x+1)=3. Il faut 2x+1>0, soit x>−21. Alors 2x+1=e3, donc x=2e3−1≈9,543, qui vérifie bien x>−21.
3.5 Inéquations
Exemple 12. Résoudre ln(3−x)≥1. Il faut 3−x>0, soit x<3. Comme 1=lne et que ln est croissante : 3−x≥e, soit x≤3−e≈0,282. Ces nombres vérifient bien x<3. S=]−∞;3−e].
Exemple 13. Résoudre e−0,5x<0,2. Comme 0,2=eln0,2 : −0,5x<ln0,2. On divise par −0,5, qui est négatif : le sens de l'inégalité change, x>−2ln0,2. Or ln0,2=ln(51)=−ln5, donc x>2ln5≈3,219. S=]2ln5;+∞[.
Exemple 14. Résoudre ln(x−1)<ln(5−x). Il faut x>1 et x<5. Sur ]1;5[ : x−1<5−x⟺x<3. S=]1;3[.
3.6 Un changement de variable
Exemple 15. Résoudre e2x−5ex+6=0. On pose X=ex, avec X>0 ; comme e2x=(ex)2=X2, l'équation devient X2−5X+6=0, soit (X−2)(X−3)=0. Donc ex=2 ou ex=3 : S={ln2;ln3}.
Exemple 16. Résoudre (lnx)2−lnx−2=0 sur ]0;+∞[. On pose X=lnx : X2−X−2=0, soit (X−2)(X+1)=0. Donc lnx=2 ou lnx=−1 : S={e1;e2}.
Théorème (démonstration du programme, « la dérivabilité étant admise »). La fonction ln est dérivable sur ]0;+∞[ et, pour tout x>0,
ln′(x)=x1.
Démonstration. On admet que ln est dérivable sur ]0;+∞[. Pour tout x>0, elnx=x. On dérive les deux membres.
À gauche, la fonction x↦elnx est de la forme eu avec u=ln. D'après le chapitre 5, (eu)′=u′eu : sa dérivée est ln′(x)×elnx=ln′(x)×x.
À droite, la dérivée de x↦x est 1.
Donc x×ln′(x)=1, et comme x=0, ln′(x)=x1.
4.2 Variations
Pour tout x>0, ln′(x)=x1>0 : on retrouve que ln est strictement croissante sur ]0;+∞[ (leçon 3).
4.3 Tangente en 1 et concavité
Tangente au point d'abscisse 1.ln1=0 et ln′(1)=1 : elle a pour équation y=0+1×(x−1), soit y=x−1.
Concavité. La dérivée seconde est ln′′(x)=−x21<0 : la fonction ln est concave sur ]0;+∞[ (chapitre 5). Sa courbe est donc en dessous de ses tangentes, en particulier de la tangente en 1 :
pour tout x>0,lnx≤x−1.
La même inégalité par une étude de fonction. Soit h(x)=x−1−lnx sur ]0;+∞[. h′(x)=1−x1=xx−1, négative sur ]0;1[ et positive sur ]1;+∞[ : h admet un minimum en 1, h(1)=0. Donc h(x)≥0 pour tout x>0.
Une inégalité dans l'autre sens. En appliquant l'inégalité à x1 : ln(x1)≤x1−1, soit −lnx≤x1−1. Donc, pour tout x>0,
1−x1≤lnx≤x−1.
Près de 1. Le nombre dérivé ln′(1)=1 est la limite du taux de variation : h→0limhln(1+h)=1. Pour h proche de 0, ln(1+h)≈h ; par exemple ln1,01≈0,00995. Cette idée sert à l'algorithme de Briggs (leçon 8).
4.4 Dérivée de ln(u)
Propriété. Soit u une fonction dérivable et strictement positive sur un intervalle I. Alors ln(u) est dérivable sur I et
(ln(u))′=uu′.
C'est la dérivée d'une composée (chapitre 5) : (ln(u(x)))′=ln′(u(x))×u′(x)=u(x)1×u′(x). Comme u(x)>0, la dérivée de ln(u) a le signe de u′ : ln(u) a les mêmes variations que u.
Exemple 17.f(x)=ln(x2+1) sur R (car x2+1>0). f′(x)=x2+12x, du signe de x : f est décroissante sur ]−∞;0], croissante sur [0;+∞[, et son minimum est f(0)=ln1=0.
Exemple 18.g(x)=ln(2x−3) sur ]23;+∞[. g′(x)=2x−32>0 : g est strictement croissante.
Exemple 19.k(x)=ln(ex+1) sur R. k′(x)=ex+1ex>0.
4.5 Une étude de fonction
Exemple 20. Soit p(x)=x−2lnx sur ]0;+∞[.
p′(x)=1−x2=xx−2. Comme x>0, p′(x) a le signe de x−2.
x
0
2
+∞
p′(x)
−
0
+
p
décroissante
2−2ln2
croissante
Le minimum vaut p(2)=2−2ln2≈0,614>0. Donc p(x)>0 pour tout x>0 : lnx<2x pour tout x>0. Le logarithme reste loin sous la droite y=2x : la leçon 6 précise cette idée.
Pourquoi. Soit A un réel. Comme ln est croissante, lnx≥A⟺x≥eA. Donc l'intervalle [A;+∞[ contient tous les lnx dès que x≥eA : c'est la définition du chapitre 4.
La croissance est très lente : pour que lnx dépasse 10, il faut x≥e10≈22026.
5.2 Limite en 0
limx→0+lnx=−∞.
Pourquoi. Soit B un réel. Pour x>0, lnx≤B⟺x≤eB. Donc l'intervalle ]−∞;B] contient tous les lnx dès que 0<x≤eB.
Interprétation. L'axe des ordonnées (la droite d'équation x=0) est asymptote verticale à la courbe de ln. Par exemple, ln(10−6)≈−13,8.
5.3 Tableau de variations complet
x
0
1
e
+∞
ln′(x)=x1
‖
+
+
+
ln
−∞
croissante
0
croissante
1
croissante
+∞
La double barre rappelle que ln n'est pas définie en 0.
5.4 La courbe
Elle passe par les points (1;0) et (e;1).
Sa tangente au point (1;0) a pour équation y=x−1.
Sa tangente au point (e;1) a pour coefficient directeur ln′(e)=e1 et pour équation y=1+e1(x−e), soit y=ex : elle passe par l'origine.
La fonction est concave : la courbe est en dessous de ses tangentes.
Quelques valeurs : ln2≈0,69, ln5≈1,61, ln10≈2,30, ln0,5≈−0,69.
5.5 Lien avec la courbe de l'exponentielle
Propriété. Dans un repère orthonormé, les courbes des fonctions exp et ln sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x.
Pourquoi. Pour tout réel a et tout réel b>0 :
M(a;b) est sur la courbe de exp⟺b=ea⟺a=lnb⟺M′(b;a) est sur la courbe de ln.
Or le point M′(b;a) est le symétrique de M(a;b) par rapport à la droite y=x.
Courbe de exp
Courbe de ln
point (0;1)
point (1;0)
point (1;e)
point (e;1)
tangente y=x+1 en (0;1)
tangente y=x−1 en (1;0)
asymptote horizontale y=0 en −∞
asymptote verticale x=0
convexe, au-dessus de la droite y=x
concave, en dessous de la droite y=x
Le programme demande de s'appuyer sur ces « images mentales » : il suffit de connaître la courbe de l'exponentielle et de la retourner autour de la droite y=x. Les deux inégalités ex≥x+1 (chapitre 4) et lnx≤x−1 (leçon 4) se correspondent aussi par cette symétrie.
5.6 Limites de fonctions composées
On pose X=u(x), comme au chapitre 4.
Exemple 21.f(x)=ln(x−2) sur ]2;+∞[.
Quand x→2+, X=x−2→0+ et lnX→−∞ : x→2+limf(x)=−∞. La droite x=2 est asymptote verticale.
Quand x→+∞, X→+∞ et lnX→+∞ : x→+∞limf(x)=+∞.
Exemple 22.g(x)=x+lnx sur ]0;+∞[. En 0+ : x→0 et lnx→−∞, donc par somme g(x)→−∞. En +∞ : g(x)→+∞ par somme.
Exemple 23.h(x)=ln(1+x1) sur ]0;+∞[. Quand x→+∞, X=1+x1→1, et lnX→ln1=0 (ln est continue en 1, car dérivable) : x→+∞limh(x)=0.
Quand x→+∞, lnx et x tendent tous les deux vers +∞ : le quotient xlnx est une forme indéterminée.
Théorème. Pour tout entier n≥1,
limx→+∞xnlnx=0.
Démonstration.Cas n=1. On pose X=lnx, donc x=eX. Quand x→+∞, X→+∞, et
xlnx=eXX.
D'après la croissance comparée du chapitre 4, X→+∞limeXX=0. Donc x→+∞limxlnx=0.
Cas n≥2.xnlnx=xlnx×xn−11, produit de deux facteurs qui tendent vers 0.
6.2 En 0 : la limite de xlnx
Théorème (démonstration du programme).limx→0+xlnx=0.
Démonstration. Quand x→0+, xlnx est de la forme « 0×(−∞) », indéterminée. On pose X=lnx, donc x=eX. Quand x→0+, X→−∞ (leçon 5), et
xlnx=eX×X=XeX.
D'après le chapitre 4, X→−∞limXeX=0. Donc x→0+limxlnx=0.
Conséquence. Pour tout entier n≥1, x→0+limxnlnx=0 : pour n≥2, xnlnx=xn−1×xlnx, produit de deux facteurs qui tendent vers 0.
6.3 La règle à retenir
En +∞ comme en 0, face à une puissance de x, c'est la puissance qui l'emporte sur le logarithme.
En +∞, les trois fonctions lnx, xn et ex tendent vers +∞, de plus en plus vite. Quelques valeurs :
pour x=106 : lnx≈13,8 et xlnx≈0,000014 ;
pour x=0,001 : lnx≈−6,9 et xlnx≈−0,0069.
6.4 Exemples
Exemple 24.x→+∞lim(x−lnx) : forme « ∞−∞ ». On factorise par x :
x−lnx=x(1−xlnx).
Par croissance comparée, la parenthèse tend vers 1 ; donc x→+∞lim(x−lnx)=+∞.
Exemple 25.x→0+limx(lnx−2)=x→0+lim(xlnx−2x)=0−0=0, et x→+∞limx23lnx=3×0=0.
Exemple 26 : étude de f(x)=xlnx sur ]0;+∞[.
Limites. En 0+ : lnx→−∞ et x1→+∞, donc f(x)=lnx×x1→−∞ (ce n'est pas une forme indéterminée). En +∞ : f(x)→0 par croissance comparée. Les deux axes sont asymptotes.
Dérivée. Par la règle du quotient : f′(x)=x2x1×x−lnx×1=x21−lnx, du signe de 1−lnx : positive si x<e, négative si x>e.
x
0
e
+∞
f′(x)
‖
+
0
−
f
−∞
croissante
e1
décroissante
0
Le maximum est f(e)=e1≈0,368. La courbe coupe l'axe des abscisses en x=1. Conséquence : lnx≤ex pour tout x>0 ; c'est la tangente de la leçon 5, qui passe par l'origine.
Le logarithme fait « descendre » un exposant : pour tout réel q>0 et tout entier n, ln(qn)=nlnq. Pour résoudre qn>A (avec A>0), on prend le logarithme des deux membres, ce qui garde le sens de l'inégalité car ln est croissante :
qn>A⟺nlnq>lnA.
Puis on divise par lnq :
si q>1, lnq>0 et n>lnqlnA ;
si 0<q<1, lnq<0 : le sens de l'inégalité change, n<lnqlnA.
7.2 Retour sur le chapitre 2
Au chapitre 2, les seuils étaient trouvés par un algorithme. Le logarithme donne maintenant le résultat par le calcul.
Exemple 27 (le capital qui double). Un capital de 1000 € est placé à 3% par an : un=1000×1,03n. Il dépasse 2000 € quand 1,03n>2, c'est-à-dire nln1,03>ln2. Comme ln1,03>0 :
n>ln1,03ln2≈23,45.
Le plus petit entier qui convient est n=24 : c'est le résultat de l'algorithme du chapitre 2.
Exemple 28 (les vélos en libre-service). Au chapitre 2, le nombre d'abonnés au bout de n mois est un=3000−1000×0,85n, et un>2900⟺0,85n<0,1. On prend le logarithme : nln0,85<ln0,1. Comme ln0,85<0, on divise en changeant le sens :
n>ln0,85ln0,1≈14,17.
Le plus petit entier est n=15, comme avec l'algorithme : 15 mois.
7.3 Temps de doublement
Le résultat de l'exemple 27 ne dépend pas du capital de départ : avec 500 € ou 10000 €, il faut aussi 24 ans pour doubler. Pour une quantité qui augmente de t% par période, le temps de doublement est le plus petit entier n tel que (1+100t)n≥2.
Pour un modèle continu f(t)=Cekt avec C>0 et k>0, la quantité double au bout du temps T tel que ekT=2, soit
T=kln2.
Exemple 29. Dans un laboratoire, une culture de bactéries compte N(t)=500e0,35t bactéries au bout de t heures. Son temps de doublement est T=0,35ln2≈1,98 heure, soit environ 1 h 59 min.
7.4 Décroissance exponentielle et demi-vie
Une quantité qui suit le modèle N(t)=N0e−λt, avec N0>0 et λ>0, diminue de moitié au bout du temps T tel que e−λT=21. On prend le logarithme : −λT=ln(21)=−ln2, donc
T=λln2.
Ce temps s'appelle la demi-vie. Il ne dépend pas de la quantité de départ : au bout de T, il reste la moitié ; au bout de 2T, le quart ; au bout de nT, 2nN0.
7.5 Dater un objet ancien
Exemple 30 (datation au carbone 14). Un organisme vivant contient du carbone 14, qui disparaît peu à peu après sa mort selon le modèle N(t)=N0e−λt (t en années). La demi-vie du carbone 14 est d'environ 5730 ans.
λ=5730ln2≈0,000121 par an.
Un morceau de bois trouvé lors de fouilles ne contient plus que 40% de son carbone 14 initial. On cherche t tel que e−λt=0,4 : −λt=ln0,4, donc
t=−λln0,4=ln25730×ln2,5≈7575.
Le bois a environ 7600 ans.
Le programme le rappelle : « les procédés par lesquels les mathématiciens ont construit et tabulé le logarithme […] illustrent les liens entre discret et continu ». Au début du XVIIe siècle, il n'existe pas de machine à calculer. Pour multiplier de grands nombres, les astronomes et les navigateurs utilisent des tables de logarithmes : grâce à la relation ln(ab)=lna+lnb, une multiplication devient une addition. L'Écossais John Napier (ou Neper) publie les premières tables en 1614 ; le mot « népérien » vient de son nom. L'Anglais Henry Briggs publie en 1624 des tables très précises, qu'il calcule en extrayant des racines carrées successives : c'est la méthode qui suit.
8.2 Deux idées
On veut calculer lna, pour un réel a>0. On définit la suite (ak) par a0=a et ak+1=ak : on prend des racines carrées successives.
Chaque racine carrée divise le logarithme par deux.ln(ak+1)=ln(ak)=21ln(ak). Donc ln(ak)=2klna, c'est-à-dire
lna=2kln(ak).
Près de 1, lnx≈x−1 (tangente en 1, leçon 4). Or ak=elna/2k se rapproche de e0=1 quand k augmente. Donc
lna≈2k(ak−1).
8.3 Le calcul de ln2
Avec a=2 (valeurs arrondies) :
k
0
1
2
3
5
10
20
ak
2
1,414214
1,189207
1,090508
1,021897
1,000677
1,000000661
2k(ak−1)
1
0,828427
0,756828
0,724062
0,700709
0,693382
0,693147
La calculatrice donne ln2≈0,693147. Au chapitre 2, ln2 figurait parmi les valeurs approchées citées par le programme : la voici.
8.4 En Python
from math import sqrt
def briggs(a, k):
for i in range(k):
a = sqrt(a)
return 2**k * (a - 1)
briggs(2, 20) renvoie 0.6931474097073078. La boucle for extrait k racines carrées successives, puis la fonction renvoie 2k(ak−1).
Attention aux arrondis. L'ordinateur calcule avec environ 16 chiffres significatifs. Si k est trop grand, ak est si proche de 1 que ak−1 perd presque tous ses chiffres exacts : briggs(2, 60) renvoie 0.0. Pour ln2, k=20 donne déjà six décimales exactes.
8.5 Un encadrement
D'après la leçon 4, 1−x1≤lnx≤x−1 pour tout x>0. Avec x=ak, puis en multipliant par 2k>0 :
2k(1−ak1)≤lna≤2k(ak−1).
Pour a=2 et k=20 : 0,6931469≤ln2≤0,6931475. L'algorithme donne donc ln2≈0,693147 à 10−6 près, et la valeur 2k(ak−1) est toujours une valeur approchée par excès.
Pourquoi la méthode converge (pour aller plus loin). Avec h=2klna, qui tend vers 0 : 2k(ak−1)=lna×heh−1, et heh−1 tend vers le nombre dérivé de l'exponentielle en 0, qui vaut 1.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Pour tout réel x>0, lnx est l'unique réel dont l'exponentielle vaut x : y=lnx⟺ey=x. La fonction ln, définie sur ]0;+∞[, est la réciproque de la fonction exponentielle. ln1=0, lne=1, elnx=x pour x>0 et ln(ex)=x pour tout réel x.
Pour a>0, b>0 et n entier : ln(ab)=lna+lnb, ln(b1)=−lnb, ln(ba)=lna−lnb, ln(an)=nlna, ln(a)=21lna. Pas de formule pour ln(a+b).
ln est strictement croissante : lna=lnb⟺a=b et lna<lnb⟺a<b. lnx<0 sur ]0;1[ et lnx>0 sur ]1;+∞[. Pour une équation, on cherche d'abord où elle a un sens.
ln′(x)=x1 (démontré à partir de elnx=x) ; (ln(u))′=uu′ pour u>0. ln est concave et lnx≤x−1 pour tout x>0.
x→0+limlnx=−∞ (asymptote verticale x=0) et x→+∞limlnx=+∞. Dans un repère orthonormé, les courbes de ln et de exp sont symétriques par rapport à la droite y=x.
Croissances comparées : x→+∞limxnlnx=0 et x→0+limxnlnx=0 (n≥1) ; en particulier x→0+limxlnx=0 (démontré). La puissance l'emporte sur le logarithme.
Pour un seuil qn>A, on prend le logarithme : nlnq>lnA, puis on divise par lnq, en changeant le sens si 0<q<1. Temps de doublement de Cekt : kln2 ; demi-vie de N0e−λt : λln2.
Algorithme de Briggs : lna=2kln(ak), où ak est obtenu par k racines carrées successives, et lna≈2k(ak−1), valeur approchée par excès.
Tu es hors connexion. Les chapitres téléchargés restent disponibles dans Hors connexion.