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Chapitre 13 · Cours écrit

Primitives et équations différentielles

Depuis la Première, tu sais dériver : tu pars d'une fonction et tu trouves sa dérivée. Ce chapitre fait le chemin inverse : tu connais la dérivée, et tu cherches la fonction. C'est le problème inverse de la dérivation. Il conduit à un nouveau type d'équation, dont l'inconnue est une fonction : l'équation différentielle. Elle sert partout où l'on connaît la manière dont une grandeur évolue : une distance à partir d'une vitesse, un coût à partir d'un coût marginal, la température d'un plat qui refroidit.

Leçon 1 : Équations différentielles et primitives

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Une équation dont l'inconnue est une fonction

Un tramway quitte sa station. Pendant les dix premières secondes, sa vitesse à l'instant tt (en secondes) est v(t)=tv(t) = t, en mètres par seconde. On note d(t)d(t) la distance parcourue, en mètres. La vitesse est la dérivée de la distance, donc d′(t)=t.d'(t) = t. On connaît la dérivée, on cherche la fonction : l'inconnue est la fonction dd, pas un nombre. La fonction t↦12t2t \mapsto \frac12 t^2 convient, car sa dérivée est tt. Le tramway a alors parcouru 12×102=50\frac12 \times 10^2 = 50 mètres au bout de dix secondes.

Définition. Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, notée le plus souvent yy, et qui fait intervenir la dérivée de cette fonction. Résoudre une équation différentielle sur un intervalle II, c'est trouver toutes les fonctions dérivables sur II qui la vérifient pour tout réel de II. Chacune de ces fonctions est une solution.

Écriture. L'équation y′=2yy' = 2y est une écriture abrégée de : pour tout réel xx de II, y′(x)=2 y(x)y'(x) = 2\,y(x).

Une solution est une fonction, et vérifier qu'une fonction est solution se fait toujours de la même manière : on calcule y′y', on calcule l'autre membre, on compare.

Exemple 1. La fonction g:x↦e2xg : x \mapsto \mathrm{e}^{2x} est solution de y′=2yy' = 2y sur R\mathbb{R} : g′(x)=2 e2x=2 g(x)g'(x) = 2\,\mathrm{e}^{2x} = 2\,g(x). La fonction h:x↦x2h : x \mapsto x^2 n'en est pas solution : h′(2)=4h'(2) = 4, alors que 2 h(2)=82\,h(2) = 8. Une seule valeur de xx suffit pour conclure.

Exemple 2. La fonction g:x↦3−e−xg : x \mapsto 3 - \mathrm{e}^{-x} est solution de y′=−y+3y' = -y + 3 sur R\mathbb{R}. D'une part g′(x)=e−xg'(x) = \mathrm{e}^{-x}. D'autre part −g(x)+3=−3+e−x+3=e−x-g(x) + 3 = -3 + \mathrm{e}^{-x} + 3 = \mathrm{e}^{-x}.

Exemple 3 (pour découvrir, aucune connaissance n'est exigible). D'autres équations différentielles existent, et certaines de leurs solutions se vérifient facilement.

  • y′=y2y' = y^2 : la fonction g:x↦−1xg : x \mapsto -\dfrac1x est solution sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[, car g′(x)=1x2=(−1x)2g'(x) = \dfrac{1}{x^2} = \left(-\dfrac1x\right)^2.
  • y′′+ω2y=0y'' + \omega^2 y = 0, où ω\omega est un réel et y′′y'' la dérivée seconde : la fonction g:x↦cos⁡(ωx)g : x \mapsto \cos(\omega x) est solution sur R\mathbb{R}, car g′′(x)=−ω2cos⁡(ωx)g''(x) = -\omega^2\cos(\omega x). Cette équation décrit les oscillations, par exemple celles d'un ressort.

1.2 L'équation y′=fy' = f et la notion de primitive

Soit ff une fonction continue sur un intervalle II. Dans l'équation y′=fy' = f, la dérivée est donnée : on cherche une fonction qui l'admet pour dérivée.

Définition. Soit ff une fonction continue sur un intervalle II. Une primitive de ff sur II est une fonction FF dérivable sur II telle que, pour tout réel xx de II, F′(x)=f(x).F'(x) = f(x). Autrement dit, les primitives de ff sur II sont exactement les solutions de l'équation différentielle y′=fy' = f sur II.

Chercher une primitive, c'est faire l'opération inverse de la dérivation.

F  →  deˊrivation    ff  →  primitive    FF \;\xrightarrow{\;\text{dérivation}\;}\; f \qquad\qquad f \;\xrightarrow{\;\text{primitive}\;}\; F

Pour vérifier une primitive, on dérive. On doit retrouver exactement ff. Ce réflexe est sûr et rapide : garde-le pendant tout le chapitre.

Exemple 4. La fonction F:x↦x3+1F : x \mapsto x^3 + 1 est une primitive de f:x↦3x2f : x \mapsto 3x^2 sur R\mathbb{R}, car F′(x)=3x2F'(x) = 3x^2. La fonction G:x↦x3−5G : x \mapsto x^3 - 5 en est une autre. Une fonction a donc plusieurs primitives : la leçon 2 dit exactement combien.

Exemple 5. La fonction F:x↦(x−1) exF : x \mapsto (x - 1)\,\mathrm{e}^x est une primitive de f:x↦x exf : x \mapsto x\,\mathrm{e}^x sur R\mathbb{R}. On dérive un produit : F′(x)=1×ex+(x−1) ex=x ex.F'(x) = 1 \times \mathrm{e}^x + (x - 1)\,\mathrm{e}^x = x\,\mathrm{e}^x.

Exemple 6. La fonction F:x↦xln⁡x−xF : x \mapsto x\ln x - x est une primitive de la fonction ln⁡\ln sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[ : F′(x)=1×ln⁡x+x×1x−1=ln⁡x.F'(x) = 1 \times \ln x + x \times \frac1x - 1 = \ln x.

1.3 Une primitive existe-t-elle toujours ?

Théorème (admis ici). Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives sur cet intervalle.

Le programme demande de l'admettre dans ce chapitre : ce résultat revient au chapitre 14, avec le calcul intégral.

Exister ne veut pas dire s'écrire simplement. La fonction x↦e−x2x \mapsto \mathrm{e}^{-x^2} est continue sur R\mathbb{R}, donc elle admet des primitives. Pourtant, aucune de ses primitives ne s'écrit à l'aide des fonctions que tu connais : on dit qu'on ne dispose pas de primitive explicite. On peut quand même en calculer des valeurs approchées, avec la méthode d'Euler de la leçon 8.

1.4 Le signe de ff et les variations de FF

Comme F′=fF' = f, le lien entre le signe de la dérivée et le sens de variation, vu en Première, s'applique à FF :

  • si f>0f > 0 sur un intervalle, FF y est strictement croissante ;
  • si f<0f < 0 sur un intervalle, FF y est strictement décroissante ;
  • si ff s'annule en changeant de signe en aa, FF admet un extremum local en aa.

Exemple 7. Soit f:x↦x2−1f : x \mapsto x^2 - 1 sur R\mathbb{R} et FF une primitive de ff. ff est positive à l'extérieur de [−1 ;1][-1\,;1] et négative à l'intérieur. Donc FF croît sur ]−∞ ;−1]]-\infty\,;-1], décroît sur [−1 ;1][-1\,;1], croît sur [1 ;+∞[[1\,;+\infty[. Elle admet un maximum local en −1-1 et un minimum local en 11, quelle que soit la primitive choisie.

Leçon 2 : Deux primitives diffèrent d'une constante

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 La propriété

Propriété. Soit ff une fonction continue sur un intervalle II et FF une primitive de ff sur II. Les primitives de ff sur II sont exactement les fonctions x↦F(x)+cx \mapsto F(x) + c, où cc est un réel quelconque.

En particulier, deux primitives d'une même fonction continue sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Démonstration. Première partie : pour tout réel cc, la fonction F+cF + c est dérivable sur II et (F+c)′=F′=f(F + c)' = F' = f. C'est donc une primitive de ff.

Deuxième partie : soit GG une primitive quelconque de ff sur II. La fonction G−FG - F est dérivable sur II et, pour tout xx de II, (G−F)′(x)=G′(x)−F′(x)=f(x)−f(x)=0.(G - F)'(x) = G'(x) - F'(x) = f(x) - f(x) = 0. Une fonction dérivable dont la dérivée est nulle sur un intervalle est constante sur cet intervalle (Première). Il existe donc un réel cc tel que G(x)−F(x)=cG(x) - F(x) = c pour tout xx de II, c'est-à-dire G=F+cG = F + c.

Pourquoi l'intervalle compte. Sur ]−∞ ;0[ ∪ ]0 ;+∞[]-\infty\,;0[ \,\cup\, ]0\,;+\infty[, qui n'est pas un intervalle, la propriété tombe. La fonction F:x↦−1xF : x \mapsto -\dfrac1x et la fonction GG égale à −1x+1-\dfrac1x + 1 pour x>0x > 0 et à −1x−1-\dfrac1x - 1 pour x<0x < 0 ont toutes deux pour dérivée x↦1x2x \mapsto \dfrac{1}{x^2}. Pourtant G−FG - F vaut 11 d'un côté de 00 et −1-1 de l'autre : ce n'est pas une constante. C'est pourquoi on travaille toujours sur un intervalle.

2.2 Ce que l'on voit sur les courbes

Si G=F+cG = F + c, la courbe de GG se déduit de celle de FF par une translation verticale. Toutes les courbes des primitives de ff se déduisent donc de l'une d'entre elles en la faisant glisser vers le haut ou vers le bas. Aux points de même abscisse xx, les tangentes sont parallèles : elles ont le même coefficient directeur f(x)f(x).

2.3 La primitive qui prend une valeur donnée

Propriété. Soit ff une fonction continue sur un intervalle II, x0x_0 un réel de II et y0y_0 un réel quelconque. Il existe une seule primitive FF de ff sur II telle que F(x0)=y0F(x_0) = y_0.

Démonstration. Soit F1F_1 une primitive de ff sur II. Les primitives de ff sont les fonctions F1+cF_1 + c. La condition F1(x0)+c=y0F_1(x_0) + c = y_0 équivaut à c=y0−F1(x0)c = y_0 - F_1(x_0) : une seule valeur de cc convient.

La condition F(x0)=y0F(x_0) = y_0 s'appelle une condition initiale. Graphiquement, parmi toutes les courbes des primitives, une seule passe par le point de coordonnées (x0 ;y0)(x_0\,;y_0).

Exemple 8. Déterminer la primitive FF de f:x↦3x2−2x+1f : x \mapsto 3x^2 - 2x + 1 sur R\mathbb{R} telle que F(2)=7F(2) = 7. Les primitives de ff sont les fonctions x↦x3−x2+x+cx \mapsto x^3 - x^2 + x + c. Or F(2)=8−4+2+c=6+cF(2) = 8 - 4 + 2 + c = 6 + c, donc 6+c=76 + c = 7 et c=1c = 1. Ainsi F(x)=x3−x2+x+1F(x) = x^3 - x^2 + x + 1. On vérifie : F′(x)=3x2−2x+1F'(x) = 3x^2 - 2x + 1 et F(2)=7F(2) = 7.

Exemple 9 (le tramway). La fonction dd de la leçon 1 vérifie d′(t)=td'(t) = t et d(0)=0d(0) = 0. Les primitives de t↦tt \mapsto t sont les fonctions t↦12t2+ct \mapsto \frac12 t^2 + c, et d(0)=0d(0) = 0 impose c=0c = 0. Donc d(t)=12t2d(t) = \frac12 t^2 est la seule solution.

Exemple 10 (un coût). Un atelier fabrique des pots de confiture. Le coût total de fabrication de qq pots, en euros, est noté C(q)C(q). Sa dérivée, le coût marginal, vaut C′(q)=0,02q+3C'(q) = 0{,}02q + 3, pour qq entre 00 et 500500. Les coûts fixes, payés même sans rien produire, s'élèvent à 120120 euros : C(0)=120C(0) = 120. Les primitives donnent C(q)=0,01q2+3q+cC(q) = 0{,}01q^2 + 3q + c, et C(0)=c=120C(0) = c = 120. Donc C(q)=0,01q2+3q+120C(q) = 0{,}01q^2 + 3q + 120. Fabriquer 100100 pots coûte C(100)=100+300+120=520C(100) = 100 + 300 + 120 = 520 euros.

Leçon 3 : Les primitives des fonctions de référence

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Lire le tableau des dérivées à l'envers

Comme chercher une primitive est l'opération inverse de la dérivation, chaque ligne du tableau des dérivées donne une primitive. Par exemple, pour un entier n≠−1n \neq -1, la dérivée de xn+1n+1\dfrac{x^{n+1}}{n+1} est xnx^n. La dérivée de 2x2\sqrt x est 1x\dfrac{1}{\sqrt x}. La dérivée de −cos⁡x-\cos x est sin⁡x\sin x.

3.2 Le tableau des primitives de référence

cc désigne une constante. Pour obtenir toutes les primitives, on ajoute une constante à celle du tableau.

Fonction ff Une primitive FF Intervalle
x↦kx \mapsto k (kk constante) x↦kxx \mapsto kx R\mathbb{R}
x↦xnx \mapsto x^n (nn entier, n≥0n \geq 0) x↦xn+1n+1x \mapsto \dfrac{x^{n+1}}{n+1} R\mathbb{R}
x↦xnx \mapsto x^n (nn entier, n≤−2n \leq -2) x↦xn+1n+1x \mapsto \dfrac{x^{n+1}}{n+1} ]−∞ ;0[]-\infty\,;0[ ou ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[
x↦1xx \mapsto \dfrac1x x↦ln⁡xx \mapsto \ln x ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[
x↦1xx \mapsto \dfrac1x x↦ln⁡(−x)x \mapsto \ln(-x) ]−∞ ;0[]-\infty\,;0[
x↦1xx \mapsto \dfrac{1}{\sqrt x} x↦2xx \mapsto 2\sqrt x ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[
x↦exx \mapsto \mathrm{e}^x x↦exx \mapsto \mathrm{e}^x R\mathbb{R}
x↦sin⁡xx \mapsto \sin x x↦−cos⁡xx \mapsto -\cos x R\mathbb{R}
x↦cos⁡xx \mapsto \cos x x↦sin⁡xx \mapsto \sin x R\mathbb{R}

Quelques remarques.

  • Le cas n=−1n = -1 est à part : la formule xn+1n+1\dfrac{x^{n+1}}{n+1} diviserait par 00. La fonction x↦1xx \mapsto \dfrac1x a pour primitive le logarithme, ce qu'on sait depuis le chapitre 8 : ln⁡′(x)=1x\ln'(x) = \dfrac1x.
  • Pour n=−2n = -2, on trouve que x↦1x2x \mapsto \dfrac{1}{x^2} a pour primitive x↦−1xx \mapsto -\dfrac1x.
  • Sur ]−∞ ;0[]-\infty\,;0[, la dérivée de x↦ln⁡(−x)x \mapsto \ln(-x) est x↦−1−x=1xx \mapsto \dfrac{-1}{-x} = \dfrac1x.
  • Attention au signe : la primitive de sin⁡\sin est −cos⁡-\cos, celle de cos⁡\cos est sin⁡\sin. Un moyen sûr de ne pas se tromper : dériver pour vérifier.

3.3 Somme et produit par une constante

Propriété. Si FF et GG sont des primitives de ff et gg sur II, et si kk est un réel, alors F+GF + G est une primitive de f+gf + g et kFkF est une primitive de kfkf. Cela résulte des règles de dérivation.

Attention : il n'y a pas de règle pour un produit ni pour un quotient. Une primitive de x exx\,\mathrm{e}^x n'est pas x22 ex\dfrac{x^2}{2}\,\mathrm{e}^x : on l'a vu à l'exemple 5, c'est (x−1) ex(x - 1)\,\mathrm{e}^x. En dérivant x22 ex\dfrac{x^2}{2}\,\mathrm{e}^x, on trouverait (x+x22)ex\left(x + \dfrac{x^2}{2}\right)\mathrm{e}^x.

3.4 Exemples

Exemple 11. Une primitive de f:x↦4x3−6x+5f : x \mapsto 4x^3 - 6x + 5 sur R\mathbb{R} est F:x↦x4−3x2+5xF : x \mapsto x^4 - 3x^2 + 5x.

Exemple 12. Une primitive de g:x↦3x2−2xg : x \mapsto \dfrac{3}{x^2} - \dfrac2x sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[ est G:x↦−3x−2ln⁡xG : x \mapsto -\dfrac3x - 2\ln x.

Exemple 13. Une primitive de h:x↦1x+1x3h : x \mapsto \dfrac{1}{\sqrt x} + \dfrac{1}{x^3} sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[ est H:x↦2x−12x2H : x \mapsto 2\sqrt x - \dfrac{1}{2x^2}. En effet, 1x3=x−3\dfrac{1}{x^3} = x^{-3} a pour primitive x−2−2\dfrac{x^{-2}}{-2}.

Exemple 14. Une primitive de k:x↦5 ex+2cos⁡x−3sin⁡xk : x \mapsto 5\,\mathrm{e}^x + 2\cos x - 3\sin x sur R\mathbb{R} est K:x↦5 ex+2sin⁡x+3cos⁡xK : x \mapsto 5\,\mathrm{e}^x + 2\sin x + 3\cos x.

Exemple 15 (transformer d'abord). Soit f:x↦x2+1xf : x \mapsto \dfrac{x^2 + 1}{x} sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[. On sépare : f(x)=x+1xf(x) = x + \dfrac1x. Une primitive est F:x↦x22+ln⁡xF : x \mapsto \dfrac{x^2}{2} + \ln x.

Exemple 16 (sur les négatifs). Une primitive de f:x↦4xf : x \mapsto \dfrac4x sur ]−∞ ;0[]-\infty\,;0[ est F:x↦4ln⁡(−x)F : x \mapsto 4\ln(-x).

Exemple 17 (avec une condition). Déterminer la primitive FF de f:x↦ex+2xf : x \mapsto \mathrm{e}^x + 2x sur R\mathbb{R} telle que F(0)=3F(0) = 3. F(x)=ex+x2+cF(x) = \mathrm{e}^x + x^2 + c, et F(0)=1+c=3F(0) = 1 + c = 3, donc c=2c = 2. Ainsi F(x)=ex+x2+2F(x) = \mathrm{e}^x + x^2 + 2.

Leçon 4 : Les primitives de fonctions composées

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 La dérivée d'une composée, lue à l'envers

Au chapitre 5, on a vu que (v∘u)′=(v′∘u)×u′(v \circ u)' = (v' \circ u) \times u'. Lue de droite à gauche, cette formule donne le résultat principal de la leçon.

Propriété. Si uu est dérivable sur un intervalle II et si vv est dérivable sur un intervalle contenant les valeurs de uu, alors v∘uv \circ u est une primitive de (v′∘u)×u′(v' \circ u) \times u' sur II.

Pour reconnaître cette forme, on cherche dans la fonction un morceau uu dont la dérivée u′u' est aussi présente, en facteur.

4.2 Le tableau

uu est une fonction dérivable sur un intervalle II.

Fonction Une primitive Condition sur II
u′ euu'\,\mathrm{e}^u eu\mathrm{e}^u
u′ unu'\,u^n (nn entier, n≥0n \geq 0) un+1n+1\dfrac{u^{n+1}}{n+1}
u′ unu'\,u^n (nn entier, n≤−2n \leq -2) un+1n+1\dfrac{u^{n+1}}{n+1} uu ne s'annule pas
u′u\dfrac{u'}{u} ln⁡(u)\ln(u) u>0u > 0
u′u\dfrac{u'}{\sqrt u} 2u2\sqrt u u>0u > 0
u′cos⁡uu'\cos u sin⁡u\sin u
u′sin⁡uu'\sin u −cos⁡u-\cos u

Si u<0u < 0 sur II, une primitive de u′u\dfrac{u'}{u} est ln⁡(−u)\ln(-u). Le cas n=−2n = -2 mérite d'être retenu : une primitive de u′u2\dfrac{u'}{u^2} est −1u-\dfrac1u.

Cas particulier très fréquent : u(x)=ax+bu(x) = ax + b, avec a≠0a \neq 0. Alors u′=au' = a. Si FF est une primitive de ff, une primitive de x↦f(ax+b)x \mapsto f(ax + b) est x↦1a F(ax+b).x \mapsto \frac1a\,F(ax + b). Ainsi e2x\mathrm{e}^{2x} a pour primitive 12 e2x\frac12\,\mathrm{e}^{2x}, et cos⁡(3x)\cos(3x) a pour primitive 13sin⁡(3x)\frac13\sin(3x).

4.3 La méthode

  1. Repérer uu et calculer u′u'.
  2. Faire apparaître u′u' en ajustant un facteur constant si nécessaire.
  3. Écrire la primitive à l'aide du tableau.
  4. Vérifier en dérivant.

4.4 Exemples

Exemple 18 (u′ euu'\,\mathrm{e}^u). f:x↦2x ex2f : x \mapsto 2x\,\mathrm{e}^{x^2} sur R\mathbb{R}. Avec u(x)=x2u(x) = x^2, u′(x)=2xu'(x) = 2x : c'est exactement u′ euu'\,\mathrm{e}^u. Une primitive est F:x↦ex2F : x \mapsto \mathrm{e}^{x^2}.

Exemple 19 (ajuster un facteur). g:x↦x e−x2g : x \mapsto x\,\mathrm{e}^{-x^2} sur R\mathbb{R}. Avec u(x)=−x2u(x) = -x^2, u′(x)=−2xu'(x) = -2x. Il manque le facteur −2-2 : g(x)=−12×(−2x e−x2)g(x) = -\dfrac12 \times \left(-2x\,\mathrm{e}^{-x^2}\right). Une primitive est G:x↦−12 e−x2G : x \mapsto -\dfrac12\,\mathrm{e}^{-x^2}.

Exemple 20 (u′ unu'\,u^n). f:x↦(2x+1)(x2+x+3)3f : x \mapsto (2x + 1)\left(x^2 + x + 3\right)^3 sur R\mathbb{R}. Avec u(x)=x2+x+3u(x) = x^2 + x + 3, u′(x)=2x+1u'(x) = 2x + 1 et f=u′ u3f = u'\,u^3. Une primitive est F:x↦14(x2+x+3)4F : x \mapsto \dfrac14\left(x^2 + x + 3\right)^4.

Exemple 21 (ajuster un facteur). g:x↦x2(x3+1)4g : x \mapsto x^2\left(x^3 + 1\right)^4 sur R\mathbb{R}. Avec u(x)=x3+1u(x) = x^3 + 1, u′(x)=3x2u'(x) = 3x^2, donc g=13 u′ u4g = \dfrac13\,u'\,u^4. Une primitive est G:x↦115(x3+1)5G : x \mapsto \dfrac{1}{15}\left(x^3 + 1\right)^5.

Exemple 22 (u′/uu'/u). f:x↦2xx2+1f : x \mapsto \dfrac{2x}{x^2 + 1} sur R\mathbb{R}. Ici u(x)=x2+1>0u(x) = x^2 + 1 > 0, et f=u′uf = \dfrac{u'}{u}. Une primitive est F:x↦ln⁡(x2+1)F : x \mapsto \ln\left(x^2 + 1\right).

Exemple 23 (u′/uu'/u). g:x↦exex+1g : x \mapsto \dfrac{\mathrm{e}^x}{\mathrm{e}^x + 1} sur R\mathbb{R}. Ici u(x)=ex+1>0u(x) = \mathrm{e}^x + 1 > 0. Une primitive est G:x↦ln⁡(ex+1)G : x \mapsto \ln\left(\mathrm{e}^x + 1\right).

Exemple 24 (u′/uu'/\sqrt u). f:x↦2x+3x2+3x+5f : x \mapsto \dfrac{2x + 3}{\sqrt{x^2 + 3x + 5}} sur R\mathbb{R}. Le trinôme x2+3x+5x^2 + 3x + 5 a pour discriminant −11<0-11 < 0 : il est strictement positif. Avec u(x)=x2+3x+5u(x) = x^2 + 3x + 5, f=u′uf = \dfrac{u'}{\sqrt u}. Une primitive est F:x↦2x2+3x+5F : x \mapsto 2\sqrt{x^2 + 3x + 5}.

Exemple 25 (avec le logarithme). f:x↦ln⁡xxf : x \mapsto \dfrac{\ln x}{x} sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[. Avec u(x)=ln⁡xu(x) = \ln x, u′(x)=1xu'(x) = \dfrac1x, et f=u′ uf = u'\,u. Une primitive est F:x↦12(ln⁡x)2F : x \mapsto \dfrac12(\ln x)^2.

Exemple 26 (trigonométrie). f:x↦sin⁡x cos⁡2xf : x \mapsto \sin x\,\cos^2 x sur R\mathbb{R}. Avec u(x)=cos⁡xu(x) = \cos x, u′(x)=−sin⁡xu'(x) = -\sin x, donc f=−u′ u2f = -u'\,u^2. Une primitive est F:x↦−13cos⁡3xF : x \mapsto -\dfrac13\cos^3 x. De même, sur ]−π2 ;π2[\left]-\dfrac\pi2\,;\dfrac\pi2\right[, où cos⁡x>0\cos x > 0, la fonction x↦sin⁡xcos⁡xx \mapsto \dfrac{\sin x}{\cos x} a pour primitive x↦−ln⁡(cos⁡x)x \mapsto -\ln(\cos x).

Exemple 27 (forme ax+bax + b). Sur ]−12 ;+∞[\left]-\dfrac12\,;+\infty\right[, x↦12x+1x \mapsto \dfrac{1}{2x + 1} a pour primitive x↦12ln⁡(2x+1)x \mapsto \dfrac12\ln(2x + 1). Sur R\mathbb{R}, x↦sin⁡(4x−1)x \mapsto \sin\left(4x - 1\right) a pour primitive x↦−14cos⁡(4x−1)x \mapsto -\dfrac14\cos\left(4x - 1\right).

4.5 Les limites de la méthode

Seul un facteur constant peut être ajusté. Pour x↦e−x2x \mapsto \mathrm{e}^{-x^2}, avec u(x)=−x2u(x) = -x^2, il manque le facteur −2x-2x : il n'est pas constant, on ne peut pas conclure. C'est normal, cette fonction n'a pas de primitive explicite. Pour x↦x exx \mapsto x\,\mathrm{e}^x, la méthode ne s'applique pas non plus : une primitive existe, mais on la trouvera par une autre technique au chapitre 14.

Leçon 5 : L'équation différentielle y′=ayy' = ay

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Le résultat

Dans cette leçon, aa est un nombre réel. On sait depuis la Première que la fonction exponentielle vérifie y′=yy' = y. Plus généralement, pour tout réel CC, la fonction x↦C eaxx \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} a pour dérivée x↦aC eaxx \mapsto aC\,\mathrm{e}^{ax} : elle vérifie y′=ayy' = ay. Ce sont les seules solutions.

Théorème. Les solutions sur R\mathbb{R} de l'équation différentielle y′=ayy' = ay sont les fonctions x↦C eax,ouˋ C est un reˊel quelconque.x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax}, \qquad \text{où } C \text{ est un réel quelconque.}

Démonstration. Ces fonctions sont solutions : si g(x)=C eaxg(x) = C\,\mathrm{e}^{ax}, alors g′(x)=aC eax=a g(x)g'(x) = aC\,\mathrm{e}^{ax} = a\,g(x).

Réciproquement, soit yy une solution sur R\mathbb{R}. On pose, pour tout réel xx, z(x)=y(x) e−ax.z(x) = y(x)\,\mathrm{e}^{-ax}. La fonction zz est dérivable sur R\mathbb{R} et z′(x)=y′(x) e−ax−a y(x) e−ax=(y′(x)−a y(x)) e−ax=0,z'(x) = y'(x)\,\mathrm{e}^{-ax} - a\,y(x)\,\mathrm{e}^{-ax} = \big(y'(x) - a\,y(x)\big)\,\mathrm{e}^{-ax} = 0, car yy est solution. La dérivée de zz est nulle sur l'intervalle R\mathbb{R} : zz est constante. Il existe un réel CC tel que y(x) e−ax=Cy(x)\,\mathrm{e}^{-ax} = C pour tout xx. En multipliant par eax\mathrm{e}^{ax}, on obtient y(x)=C eaxy(x) = C\,\mathrm{e}^{ax}.

Remarque. Avec a=1a = 1, on retrouve que l'unique solution de y′=yy' = y telle que y(0)=1y(0) = 1 est la fonction exponentielle : c'est sa définition en Première, où l'unicité avait été admise.

5.2 Condition initiale

Propriété. Pour tous réels x0x_0 et y0y_0, il existe une seule solution de y′=ayy' = ay telle que y(x0)=y0y(x_0) = y_0.

En effet, C eax0=y0C\,\mathrm{e}^{ax_0} = y_0 équivaut à C=y0 e−ax0C = y_0\,\mathrm{e}^{-ax_0}. En particulier, la solution telle que y(0)=y0y(0) = y_0 est x↦y0 eaxx \mapsto y_0\,\mathrm{e}^{ax}.

Exemple 28. Résoudre y′=3yy' = 3y : les solutions sont les fonctions x↦C e3xx \mapsto C\,\mathrm{e}^{3x}.

Exemple 29. Résoudre 2y′+y=02y' + y = 0 avec y(0)=4y(0) = 4. On se ramène à la forme du cours : y′=−12 yy' = -\dfrac12\,y. Les solutions sont x↦C e−x/2x \mapsto C\,\mathrm{e}^{-x/2}, et y(0)=C=4y(0) = C = 4. La solution cherchée est x↦4 e−x/2x \mapsto 4\,\mathrm{e}^{-x/2}.

Exemple 30. Résoudre y′=0,5yy' = 0{,}5y avec y(2)=1y(2) = 1. Les solutions sont x↦C e0,5xx \mapsto C\,\mathrm{e}^{0{,}5x}, et y(2)=C e=1y(2) = C\,\mathrm{e} = 1, donc C=e−1C = \mathrm{e}^{-1}. La solution cherchée est x↦e0,5x−1x \mapsto \mathrm{e}^{0{,}5x - 1}.

5.3 Somme et produit par une constante

Si y1y_1 et y2y_2 sont solutions de y′=ayy' = ay et si kk est un réel, alors y1+y2y_1 + y_2 et k y1k\,y_1 sont encore solutions : (y1+y2)′=a y1+a y2=a(y1+y2)et(k y1)′=k a y1=a(k y1).(y_1 + y_2)' = a\,y_1 + a\,y_2 = a(y_1 + y_2) \quad\text{et}\quad (k\,y_1)' = k\,a\,y_1 = a(k\,y_1). Cette propriété est propre au cas y′=ayy' = ay. Elle est fausse pour y′=ay+by' = ay + b avec b≠0b \neq 0 : une somme de deux solutions vérifie alors y′=ay+2by' = ay + 2b.

5.4 L'allure des courbes

La fonction g:x↦C eaxg : x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} a pour dérivée x↦aC eaxx \mapsto aC\,\mathrm{e}^{ax}, du signe de aCaC. Sa dérivée seconde x↦a2C eaxx \mapsto a^2C\,\mathrm{e}^{ax} est du signe de CC. Si C=0C = 0, c'est la fonction nulle. Pour a≠0a \neq 0 et C≠0C \neq 0 :

C>0C > 0 C<0C < 0
a>0a > 0 croissante, de limite 00 en −∞-\infty et +∞+\infty en +∞+\infty décroissante, de limite 00 en −∞-\infty et −∞-\infty en +∞+\infty
a<0a < 0 décroissante, de limite +∞+\infty en −∞-\infty et 00 en +∞+\infty croissante, de limite −∞-\infty en −∞-\infty et 00 en +∞+\infty

La courbe est convexe si C>0C > 0, concave si C<0C < 0. Elle ne coupe jamais l'axe des abscisses, qui est une asymptote. Deux solutions différentes n'ont aucun point commun : par chaque point du plan passe la courbe d'une seule solution.

5.5 Un exemple de modélisation

Une grandeur dont la vitesse de variation est proportionnelle à sa valeur vérifie y′=ayy' = ay. Cela arrive dans de nombreuses situations : une population qui se reproduit, une substance éliminée par l'organisme.

Exemple 31 (la caféine). Après une tasse de café, on note Q(t)Q(t) la quantité de caféine dans le sang, en milligrammes, tt heures après l'avoir bue. On modélise son élimination par Q′=−0,14 QQ' = -0{,}14\,Q, avec Q(0)=100Q(0) = 100. Alors Q(t)=100 e−0,14tQ(t) = 100\,\mathrm{e}^{-0{,}14t}.

  • Au bout de 88 heures : Q(8)=100 e−1,12≈32,6Q(8) = 100\,\mathrm{e}^{-1{,}12} \approx 32{,}6 milligrammes.
  • La quantité est divisée par deux quand e−0,14t=12\mathrm{e}^{-0{,}14t} = \dfrac12, c'est-à-dire pour t=ln⁡20,14≈4,95t = \dfrac{\ln 2}{0{,}14} \approx 4{,}95 heures, soit environ 55 heures.

Leçon 6 : L'équation différentielle y′=ay+by' = ay + b

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 La solution constante

Dans cette leçon, aa et bb sont des réels, avec a≠0a \neq 0. On cherche d'abord une solution constante pp. Une fonction constante a une dérivée nulle : il faut 0=ap+b0 = ap + b, c'est-à-dire p=−ba.p = -\frac{b}{a}.

6.2 Toutes les solutions

Théorème. Soit aa un réel non nul et bb un réel. Les solutions sur R\mathbb{R} de y′=ay+by' = ay + b sont les fonctions x↦C eax−ba,ouˋ C est un reˊel quelconque.x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} - \frac{b}{a}, \qquad \text{où } C \text{ est un réel quelconque.}

Justification. Soit pp la solution constante : ap+b=0ap + b = 0. Pour toute fonction yy dérivable sur R\mathbb{R}, posons z=y−pz = y - p. Alors z′=y′z' = y' et az=ay−ap=ay+baz = ay - ap = ay + b. Donc y′=ay+b  ⟺  z′=az.y' = ay + b \iff z' = az. D'après la leçon 5, cela équivaut à z(x)=C eaxz(x) = C\,\mathrm{e}^{ax}, c'est-à-dire y(x)=C eax+py(x) = C\,\mathrm{e}^{ax} + p.

Retenir la structure : solution de y′=ay+by' = ay + b = solutions de y′=ayy' = ay + solution particulière constante.

Avec une condition initiale, il y a une seule solution : la condition détermine CC.

Si a=0a = 0, l'équation s'écrit y′=by' = b : c'est un calcul de primitive, et ses solutions sont les fonctions x↦bx+cx \mapsto bx + c.

Exemple 32. Résoudre y′=2y−6y' = 2y - 6 avec y(0)=1y(0) = 1. Solution constante : 0=2p−60 = 2p - 6, donc p=3p = 3. Les solutions sont x↦C e2x+3x \mapsto C\,\mathrm{e}^{2x} + 3. La condition y(0)=C+3=1y(0) = C + 3 = 1 donne C=−2C = -2. La solution cherchée est x↦3−2 e2xx \mapsto 3 - 2\,\mathrm{e}^{2x}.

Exemple 33 (remettre sous la bonne forme). Résoudre 3y′+2y=63y' + 2y = 6. On divise par 33 : y′=−23 y+2y' = -\dfrac23\,y + 2. Solution constante : p=3p = 3. Les solutions sont x↦C e−2x/3+3x \mapsto C\,\mathrm{e}^{-2x/3} + 3.

6.3 L'allure des solutions

  • Si a<0a < 0, eax\mathrm{e}^{ax} tend vers 00 en +∞+\infty : toutes les solutions tendent vers la constante p=−bap = -\dfrac{b}{a}. C'est une valeur d'équilibre : quelle que soit la valeur de départ, la grandeur s'en approche.
  • Si a>0a > 0, les solutions autres que la solution constante s'en éloignent et tendent vers +∞+\infty ou −∞-\infty selon le signe de CC.

6.4 Un problème : la tarte qui refroidit

Exemple 34. Une tarte sort du four à 180180 °C dans une cuisine à 2020 °C. On admet que sa température T(t)T(t), en degrés Celsius, tt minutes après la sortie du four, vérifie T′=−0,1 (T−20),T(0)=180.T' = -0{,}1\,(T - 20), \qquad T(0) = 180. Plus la tarte est chaude par rapport à la pièce, plus elle refroidit vite. Résolution. En développant, T′=−0,1 T+2T' = -0{,}1\,T + 2. La solution constante est p=20p = 20 : c'est la température de la pièce. Donc T(t)=C e−0,1t+20T(t) = C\,\mathrm{e}^{-0{,}1t} + 20, et T(0)=C+20=180T(0) = C + 20 = 180 donne C=160C = 160 : T(t)=160 e−0,1t+20.T(t) = 160\,\mathrm{e}^{-0{,}1t} + 20. Lecture. TT est strictement décroissante et tend vers 2020 en +∞+\infty : la tarte finit à la température de la pièce. Quand peut-on la servir à 4040 °C ? 160 e−0,1t+20=40  ⟺  e−0,1t=18  ⟺  t=10ln⁡8≈20,8160\,\mathrm{e}^{-0{,}1t} + 20 = 40 \iff \mathrm{e}^{-0{,}1t} = \dfrac18 \iff t = 10\ln 8 \approx 20{,}8 minutes.

Leçon 7 : L'équation différentielle y′=ay+fy' = ay + f

Voir la vidéo de la leçon 7

7.1 Le même raisonnement

Dans cette leçon, aa est un réel et ff une fonction continue sur un intervalle II. Le second membre n'est plus constant. On ne sait pas toujours trouver une solution, mais dès qu'on en connaît une, on les a toutes.

Théorème. Soit pp une solution particulière de l'équation (E):y′=ay+f(E) : y' = ay + f sur II. Les solutions de (E)(E) sur II sont les fonctions x↦C eax+p(x),ouˋ C est un reˊel quelconque.x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} + p(x), \qquad \text{où } C \text{ est un réel quelconque.}

Justification. Comme pp est solution, p′=ap+fp' = ap + f. Pour toute fonction yy dérivable sur II, posons z=y−pz = y - p. Alors y′=ay+f  ⟺  y′−p′=ay+f−ap−f  ⟺  z′=az.y' = ay + f \iff y' - p' = ay + f - ap - f \iff z' = az. Le raisonnement de la leçon 5 s'applique sur l'intervalle II : z(x)=C eaxz(x) = C\,\mathrm{e}^{ax}, donc y(x)=C eax+p(x)y(x) = C\,\mathrm{e}^{ax} + p(x).

La leçon 6 est le cas où ff est la constante bb et pp la solution constante.

7.2 La méthode

  1. Vérifier que la fonction pp donnée est solution de (E)(E) (ou la déterminer, si l'énoncé en donne la forme).
  2. Écrire les solutions de y′=ayy' = ay.
  3. Ajouter pp : les solutions de (E)(E) sont les fonctions x↦C eax+p(x)x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} + p(x).
  4. Utiliser la condition initiale, s'il y en a une, pour trouver CC.

Attention à ne pas confondre : on ajoute pp, et non pas ff.

Exemple 35. Soit (E):y′=2y−2x+1(E) : y' = 2y - 2x + 1. Vérifier que p:x↦xp : x \mapsto x est solution, puis résoudre (E)(E). p′(x)=1p'(x) = 1 et 2p(x)−2x+1=2x−2x+1=12p(x) - 2x + 1 = 2x - 2x + 1 = 1 : pp est solution. Les solutions de (E)(E) sont x↦C e2x+xx \mapsto C\,\mathrm{e}^{2x} + x.

Exemple 36. Soit (E):y′+y=2 e−x(E) : y' + y = 2\,\mathrm{e}^{-x}. Vérifier que p:x↦2x e−xp : x \mapsto 2x\,\mathrm{e}^{-x} est solution, puis trouver la solution telle que y(0)=1y(0) = 1. On a (E)  ⟺  y′=−y+2 e−x(E) \iff y' = -y + 2\,\mathrm{e}^{-x}. De plus p′(x)=2 e−x−2x e−xp'(x) = 2\,\mathrm{e}^{-x} - 2x\,\mathrm{e}^{-x}, donc p′(x)+p(x)=2 e−xp'(x) + p(x) = 2\,\mathrm{e}^{-x} : pp est solution. Les solutions sont x↦C e−x+2x e−x=(2x+C) e−xx \mapsto C\,\mathrm{e}^{-x} + 2x\,\mathrm{e}^{-x} = (2x + C)\,\mathrm{e}^{-x}. La condition y(0)=C=1y(0) = C = 1 donne la solution x↦(2x+1) e−xx \mapsto (2x + 1)\,\mathrm{e}^{-x}.

Exemple 37. Soit (E):y′=y−2sin⁡x(E) : y' = y - 2\sin x. La fonction p:x↦sin⁡x+cos⁡xp : x \mapsto \sin x + \cos x est solution : p′(x)=cos⁡x−sin⁡xp'(x) = \cos x - \sin x et p(x)−2sin⁡x=cos⁡x−sin⁡xp(x) - 2\sin x = \cos x - \sin x. Les solutions de (E)(E) sont x↦C ex+sin⁡x+cos⁡xx \mapsto C\,\mathrm{e}^x + \sin x + \cos x.

Exemple 38 (trouver pp quand sa forme est donnée). Soit (E):y′=2y+4x(E) : y' = 2y + 4x. On cherche une solution de la forme p(x)=αx+βp(x) = \alpha x + \beta. Alors p′(x)=αp'(x) = \alpha, et (E)(E) donne, pour tout réel xx, α=2αx+2β+4x,soit(2α+4)x+2β−α=0.\alpha = 2\alpha x + 2\beta + 4x, \quad\text{soit}\quad (2\alpha + 4)x + 2\beta - \alpha = 0. Cette égalité vraie pour tout xx impose 2α+4=02\alpha + 4 = 0 et 2β−α=02\beta - \alpha = 0 : α=−2\alpha = -2 et β=−1\beta = -1. Donc p(x)=−2x−1p(x) = -2x - 1, et les solutions de (E)(E) sont x↦C e2x−2x−1x \mapsto C\,\mathrm{e}^{2x} - 2x - 1.

7.3 Un problème : la serre au petit matin

Exemple 39. Le chauffage d'une serre s'éteint à 66 heures du matin. On note tt le temps écoulé depuis ce moment, en heures. La température extérieure monte régulièrement : elle vaut 10+t10 + t degrés Celsius pendant les six heures suivantes. On admet que la température T(t)T(t) de la serre vérifie T′=−0,5 (T−(10+t)),T(0)=20.T' = -0{,}5\,\big(T - (10 + t)\big), \qquad T(0) = 20. En développant : T′=−0,5 T+5+0,5 tT' = -0{,}5\,T + 5 + 0{,}5\,t. Solution particulière. La fonction p:t↦t+8p : t \mapsto t + 8 convient : p′(t)=1p'(t) = 1 et −0,5(t+8)+5+0,5t=1-0{,}5(t + 8) + 5 + 0{,}5t = 1. Toutes les solutions. T(t)=C e−0,5t+t+8T(t) = C\,\mathrm{e}^{-0{,}5t} + t + 8. La condition T(0)=C+8=20T(0) = C + 8 = 20 donne C=12C = 12 : T(t)=12 e−0,5t+t+8.T(t) = 12\,\mathrm{e}^{-0{,}5t} + t + 8. Lecture. T′(t)=−6 e−0,5t+1T'(t) = -6\,\mathrm{e}^{-0{,}5t} + 1 s'annule pour e−0,5t=16\mathrm{e}^{-0{,}5t} = \dfrac16, soit t=2ln⁡6≈3,58t = 2\ln 6 \approx 3{,}58. La serre se refroidit jusqu'à ce moment, vers 99 h 3535, où sa température minimale vaut T(2ln⁡6)=10+2ln⁡6≈13,6T(2\ln 6) = 10 + 2\ln 6 \approx 13{,}6 °C, puis elle se réchauffe en suivant l'extérieur.

Leçon 8 : La méthode d'Euler en Python

Voir la vidéo de la leçon 8

8.1 L'idée

On ne sait pas toujours résoudre une équation différentielle exactement. Le programme cite Euler parmi ceux qui ont structuré ces résolutions, aux côtés de Newton, D'Alembert, Lagrange, Cauchy, Clairaut et Riccati. La méthode d'Euler en donne une solution approchée. Elle repose sur la tangente : près d'un point, la courbe est proche de sa tangente. Pour hh proche de 00, y(x+h)≈y(x)+h y′(x).y(x + h) \approx y(x) + h\,y'(x). On part du point (x0 ;y0)(x_0\,;y_0) et on avance par petits pas de longueur hh, chaque fois le long de la droite dont le coefficient directeur est donné par l'équation. On obtient une ligne brisée proche de la courbe de la solution.

8.2 Le cas de y′=fy' = f

Pour l'équation y′=fy' = f avec y(x0)=y0y(x_0) = y_0, on calcule de proche en proche : xk+1=xk+h,yk+1=yk+h f(xk).x_{k+1} = x_k + h, \qquad y_{k+1} = y_k + h\,f(x_k).

En langage naturel (« ←\leftarrow » se lit « prend la valeur »), une étape s'écrit : y←y+h×f(x)y \leftarrow y + h \times f(x), puis x←x+hx \leftarrow x + h.

Exemple 40. Pour y′=1xy' = \dfrac1x avec y(1)=0y(1) = 0, la solution exacte est ln⁡\ln. Avec h=0,1h = 0{,}1, le premier pas donne y1=0+0,1×11=0,1y_1 = 0 + 0{,}1 \times \dfrac11 = 0{,}1, le deuxième y2=0,1+0,1×11,1≈0,190 9y_2 = 0{,}1 + 0{,}1 \times \dfrac{1}{1{,}1} \approx 0{,}190\,9. Après 1010 pas, on arrive à x=2x = 2 avec y≈0,718 8y \approx 0{,}718\,8, alors que ln⁡2≈0,693 1\ln 2 \approx 0{,}693\,1. Avec h=0,01h = 0{,}01 et 100100 pas, on obtient 0,695 70{,}695\,7 ; avec h=0,001h = 0{,}001 et 10001000 pas, 0,693 40{,}693\,4.

En Python. On range les valeurs dans deux listes, construites par ajouts successifs.

from math import exp

def euler(f, x0, y0, h, n):
    X = [x0]
    Y = [y0]
    for k in range(n):
        Y.append(Y[k] + h * f(X[k]))
        X.append(X[k] + h)
    return X, Y

def f(x):
    return exp(-x**2)

X, Y = euler(f, 0, 0, 0.1, 10)
print(Y[10])

Ce programme traite la fonction x↦e−x2x \mapsto \mathrm{e}^{-x^2}, qui n'a pas de primitive explicite. Il affiche 0.7778168240731773, valeur approchée de y(1)y(1) pour la solution telle que y(0)=0y(0) = 0. Avec un pas de 0.01 et 100100 pas, on obtient 0.7499786042621127 ; avec 0.001 et 10001000 pas, 0.747140131778599. La valeur approchée se stabilise vers 0,7470{,}747.

8.3 Le cas de y′=ay+by' = ay + b

La dérivée dépend maintenant de yy. On remplace y′y' par ay+bay + b : xk+1=xk+h,yk+1=yk+h (a yk+b).x_{k+1} = x_k + h, \qquad y_{k+1} = y_k + h\,(a\,y_k + b). La suite (yk)(y_k) vérifie yk+1=(1+ah) yk+hby_{k+1} = (1 + ah)\,y_k + hb : c'est une suite arithmético-géométrique.

def euler2(a, b, x0, y0, h, n):
    X = [x0]
    Y = [y0]
    for k in range(n):
        Y.append(Y[k] + h * (a * Y[k] + b))
        X.append(X[k] + h)
    return X, Y

X, Y = euler2(1, 0, 0, 1, 0.01, 100)
print(Y[100])

Ce programme traite y′=yy' = y avec y(0)=1y(0) = 1, dont la solution est l'exponentielle : il affiche une valeur approchée de e\mathrm{e}. Tu as vu cette construction en Première. Ici yk=(1+h)ky_k = (1 + h)^k.

Pas hh Nombre de pas Valeur approchée de e\mathrm{e} Écart avec e≈2,718 28\mathrm{e} \approx 2{,}718\,28
0,50{,}5 22 2,252{,}25 0,4680{,}468
0,10{,}1 1010 2,593 72{,}593\,7 0,1250{,}125
0,010{,}01 100100 2,704 82{,}704\,8 0,013 50{,}013\,5
0,0010{,}001 10001000 2,716 92{,}716\,9 0,001 40{,}001\,4

Ce que l'on observe. Quand on divise le pas par 1010, l'écart est à peu près divisé par 1010. Pour gagner une décimale, il faut dix fois plus de calculs.

Exemple 41 (la tarte). On reprend T′=−0,1 T+2T' = -0{,}1\,T + 2 avec T(0)=180T(0) = 180. Avec un pas de 55 minutes, yk+1=0,5 yk+10y_{k+1} = 0{,}5\,y_k + 10 et on obtient :

tt 00 55 1010 1515 2020
Euler, h=5h = 5 180180 100100 6060 4040 3030
Solution exacte 180180 117,04117{,}04 78,8678{,}86 55,7055{,}70 41,6541{,}65

L'approximation est grossière. Avec euler2(-0.1, 2, 0, 180, 0.1, 200), on trouve 41,4441{,}44 à t=20t = 20, et avec un pas de 0,010{,}01, 41,6341{,}63 : on se rapproche de la valeur exacte 41,6541{,}65.

À quoi ça sert, puisqu'on sait résoudre ? Pour les équations du chapitre, on peut comparer à la solution exacte et voir comment se comporte la méthode. Mais elle s'applique aussi aux équations que l'on ne sait pas résoudre : c'est son intérêt principal.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Une équation différentielle a pour inconnue une fonction. Pour vérifier qu'une fonction est solution, on calcule les deux membres et on compare.
  2. Une primitive de ff sur un intervalle II est une fonction FF dérivable sur II telle que F′=fF' = f : c'est une solution de y′=fy' = f. Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives (admis ici, chapitre 14), même si certaines ne s'écrivent pas explicitement, comme celles de x↦e−x2x \mapsto \mathrm{e}^{-x^2}.
  3. Deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante : si FF est une primitive, toutes les primitives sont les F+cF + c. Une seule vérifie une condition F(x0)=y0F(x_0) = y_0.
  4. Primitives de référence : xn→xn+1n+1x^n \to \dfrac{x^{n+1}}{n+1} (n≠−1n \neq -1), 1x→ln⁡x\dfrac1x \to \ln x sur ]0 ;+∞[]0\,;+\infty[, 1x→2x\dfrac{1}{\sqrt x} \to 2\sqrt x, ex→ex\mathrm{e}^x \to \mathrm{e}^x, sin⁡x→−cos⁡x\sin x \to -\cos x, cos⁡x→sin⁡x\cos x \to \sin x. Une primitive d'une somme est la somme des primitives ; il n'y a pas de règle pour un produit.
  5. v∘uv \circ u est une primitive de (v′∘u)×u′(v' \circ u) \times u' : u′ eu→euu'\,\mathrm{e}^u \to \mathrm{e}^u, u′ un→un+1n+1u'\,u^n \to \dfrac{u^{n+1}}{n+1}, u′u→ln⁡(u)\dfrac{u'}{u} \to \ln(u) si u>0u > 0, u′u→2u\dfrac{u'}{\sqrt u} \to 2\sqrt u. Seul un facteur constant peut être ajusté. On vérifie en dérivant.
  6. Les solutions de y′=ayy' = ay sont les fonctions x↦C eaxx \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} (démontré avec z(x)=y(x) e−axz(x) = y(x)\,\mathrm{e}^{-ax}). Une condition initiale donne une seule solution.
  7. Pour a≠0a \neq 0, les solutions de y′=ay+by' = ay + b sont les fonctions x↦C eax−bax \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} - \dfrac{b}{a}. Si a<0a < 0, elles tendent toutes vers la valeur d'équilibre −ba-\dfrac{b}{a}.
  8. Si pp est une solution particulière de y′=ay+fy' = ay + f, toutes les solutions sont les fonctions x↦C eax+p(x)x \mapsto C\,\mathrm{e}^{ax} + p(x).
  9. Méthode d'Euler : y(x+h)≈y(x)+h y′(x)y(x + h) \approx y(x) + h\,y'(x). Pour y′=fy' = f : yk+1=yk+h f(xk)y_{k+1} = y_k + h\,f(x_k). Pour y′=ay+by' = ay + b : yk+1=yk+h (a yk+b)y_{k+1} = y_k + h\,(a\,y_k + b). Plus le pas est petit, plus l'approximation est précise.
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