En Première, tu as appris à dériver les fonctions de référence, des sommes, des produits et des quotients, puis à lire le sens de variation d'une fonction sur le signe de sa dérivée. Ce chapitre ajoute deux outils. La dérivée d'une fonction composée permet de dériver des fonctions comme x2+9 ou e−x2. La dérivée seconde permet d'étudier la convexité d'une fonction : la forme de sa courbe, tournée vers le haut ou vers le bas. La convexité sert ensuite à démontrer des inégalités.
Dans tout le chapitre, I désigne un intervalle de R et Cf la courbe représentative de la fonction f dans un repère du plan.
Soit f une fonction définie sur I et a un réel de I. Le taux de variation de f entre a et a+h (h=0) est hf(a+h)−f(a) : c'est la pente de la sécante qui passe par les points d'abscisses a et a+h. Si ce taux a une limite finie quand h tend vers 0, f est dérivable en a, et cette limite est le nombre dérivéf′(a).
Tangente. La tangente à Cf au point d'abscisse a est la droite qui passe par A(a;f(a)) et qui a pour coefficient directeur f′(a). Son équation est
y=f(a)+f′(a)(x−a).
1.2 Dérivées des fonctions de référence
f(x)
f′(x)
f est dérivable sur
k (constante)
0
R
x
1
R
xn (n entier, n≥1)
nxn−1
R
x1
−x21
]−∞;0[ et ]0;+∞[
xn1=x−n (n entier, n≥1)
−xn+1n
]−∞;0[ et ]0;+∞[
x
2x1
]0;+∞[
ex
ex
R
La formule (xn)′=nxn−1 reste vraie pour tout entier n négatif, pour x=0 : par exemple (x−2)′=−2x−3. La fonction racine carrée est définie en 0 mais n'y est pas dérivable.
1.3 Règles de calcul
Soient u et v deux fonctions dérivables sur I, et k un réel.
Fonction
Dérivée
Condition
u+v
u′+v′
ku
ku′
uv
u′v+uv′
v1
−v2v′
v ne s'annule pas sur I
vu
v2u′v−uv′
v ne s'annule pas sur I
Avec une fonction affine. Si g est dérivable, la fonction x↦g(ax+b) a pour dérivée x↦ag′(ax+b). Par exemple, (ekx)′=kekx et ((3x−2)5)′=3×5(3x−2)4=15(3x−2)4.
1.4 Signe de la dérivée et variations
Soit f une fonction dérivable sur un intervalleI (propriété de Première) :
si f′(x)≥0 pour tout x de I, alors f est croissante sur I ;
si f′(x)≤0 pour tout x de I, alors f est décroissante sur I ;
si f′(x)=0 pour tout x de I, alors f est constante sur I.
Si f′ s'annule en aen changeant de signe, alors f admet un extremum local en a : un maximum si f′ passe du signe + au signe −, un minimum dans l'autre cas. Dans tous les cas, en un extremum local a qui n'est pas une borne de I, f′(a)=0 : la tangente y est horizontale.
1.5 Deux exemples
Exemple 1. Soit f(x)=(3x−1)e2x sur R.
Dérivée. On pose u(x)=3x−1 et v(x)=e2x : u′(x)=3 et v′(x)=2e2x. Par la règle du produit,
f′(x)=3e2x+(3x−1)×2e2x=(3+6x−2)e2x=(6x+1)e2x.
Variations. Comme e2x>0, f′(x) a le signe de 6x+1 : négatif si x<−61, positif si x>−61.
x
−∞
−61
+∞
f′(x)
−
0
+
f
décroissante
−23e−1/3
croissante
f admet un minimum en −61 : f(−61)=(−21−1)e−1/3=−23e−1/3≈−1,075.
Tangente en 0.f(0)=−1 et f′(0)=1, donc la tangente a pour équation y=−1+1×(x−0), soit y=x−1.
Exemple 2. Soit g(x)=x+2x−1 sur ]−2;+∞[. Par la règle du quotient, avec u(x)=x−1 et v(x)=x+2 :
g′(x)=(x+2)21×(x+2)−(x−1)×1=(x+2)23>0.
La fonction g est strictement croissante sur ]−2;+∞[.
1.6 Un peu d'histoire
Le programme le rappelle : le calcul différentiel s'est développé au XVIIe siècle, en même temps que la physique mathématique. Fermat, Huygens, Pascal et Barrow étudient le problème des tangentes, et reconnaissent qu'il est l'inverse du problème des aires. Les travaux de Newton et de Leibniz révèlent ensuite deux visions et deux pratiques différentes de ce calcul. Il faudra attendre la notion de limite pour lui donner des fondements solides.
Pour calculer x2+1, on fait deux étapes : on calcule d'abord x2+1, puis on prend la racine carrée du résultat. On enchaîne deux fonctions.
Définition. Soit u une fonction définie sur un intervalle I et v une fonction définie sur un intervalle J, telles que u(x) appartienne à J pour tout x de I. La composée de u suivie de v est la fonction notée v∘u (on lit « v rond u »), définie sur I par
(v∘u)(x)=v(u(x)).
On l'écrit aussi sous forme d'une chaîne : xuu(x)vv(u(x)). On applique d'abord u, puis v : dans l'écriture v∘u, la première fonction appliquée est celle de droite.
Exemple 3. Soit u(x)=x2+1 sur R et v(X)=X sur [0;+∞[. Pour tout réel x, u(x)=x2+1≥1≥0 : la composée v∘u est définie sur R et
(v∘u)(x)=x2+1.
Par exemple, (v∘u)(2)=v(5)=5.
2.2 L'ordre compte
Avec les mêmes fonctions, on peut aussi appliquer v d'abord, puis u. Pour x≥0 :
(u∘v)(x)=u(x)=(x)2+1=x+1.
Ainsi (u∘v)(2)=3, alors que (v∘u)(2)=5≈2,236. En général, v∘u et u∘v sont deux fonctions différentes.
2.3 Reconnaître une composée
Pour dériver ou pour chercher une limite, on doit savoir écrire une fonction comme une composée.
Fonction
Intérieur u(x)
Extérieur v(X)
e−x2
−x2
eX
(3x−1)5
3x−1
X5
x2+41
x2+4
X1
6−2x
6−2x
X
e1/x
x1
eX
Méthode. On se demande quelle est la dernière opération effectuée quand on calcule f(x) à partir de x : c'est la fonction extérieure v. Ce qui est « à l'intérieur » est u(x).
2.4 Ensemble de définition
Pour que v(u(x)) existe, il faut que u(x) existe et que u(x) appartienne à l'ensemble de définition de v.
Exemple 4.f(x)=6−2x. La racine carrée n'est définie que pour un nombre positif ou nul : il faut 6−2x≥0, c'est-à-dire x≤3. Donc f est définie sur ]−∞;3].
Exemple 5.g(x)=x2−41. Il faut x2−4=0, c'est-à-dire x=2 et x=−2. Donc g est définie sur R∖{−2;2}.
Exemple 6.h(x)=x2−2x+5. Sous forme canonique, x2−2x+5=(x−1)2+4≥4>0 pour tout réel x. Donc h est définie sur R.
2.5 Lien avec les limites
Au chapitre 4, tu as calculé des limites de fonctions composées en posant X=u(x) : on cherche la limite de X, puis celle de v(X). C'est exactement la décomposition v∘u. Par exemple, pour e−x2 en +∞ : X=−x2→−∞, et eX→0, donc x→+∞lime−x2=0.
Théorème (admis). Soit u une fonction dérivable sur un intervalle I, et v une fonction dérivable sur un intervalle J, telles que u(x) appartienne à J pour tout x de I. Alors v∘u est dérivable sur I et
(v∘u)′=(v′∘u)×u′,c’est-aˋ-dire(v∘u)′(x)=v′(u(x))×u′(x).
Bien lire la formule. On dérive la fonction extérieurev en gardant l'intérieuru(x), puis on multiplie par la dérivée de l'intérieur, u′(x).
On retrouve la règle de Première. Si u(x)=ax+b, alors u′(x)=a et la formule donne (v(ax+b))′=av′(ax+b).
3.2 Trois formules à connaître
Soit u une fonction dérivable sur I.
Fonction
Dérivée
Condition
eu
u′eu
un (n entier, n≥1)
nu′un−1
un (n entier, n≤−1)
nu′un−1
u ne s'annule pas sur I
u
2uu′
u(x)>0 pour tout x de I
Elles viennent toutes du théorème. Par exemple, pour u : la fonction extérieure est v(X)=X, de dérivée v′(X)=2X1, donc (u)′=2u1×u′. Le cas n=−1 redonne la règle de Première (u1)′=−u2u′.
3.3 Exemples
Exemple 7.f(x)=e−x2 sur R. On pose u(x)=−x2, donc u′(x)=−2x :
f′(x)=−2xe−x2.
Exemple 8.g(x)=(x2−3x)4 sur R. On pose u(x)=x2−3x, donc u′(x)=2x−3 :
g′(x)=4(2x−3)(x2−3x)3.
Exemple 9.h(x)=x2+9 sur R. Pour tout réel x, x2+9>0. On pose u(x)=x2+9, donc u′(x)=2x :
h′(x)=2x2+92x=x2+9x.Tangente au point d'abscisse 4.h(4)=25=5 et h′(4)=54. La tangente a pour équation y=5+54(x−4), soit y=0,8x+1,8.
Exemple 10.k(x)=(x2+1)21=(x2+1)−2 sur R. On pose u(x)=x2+1, qui ne s'annule pas, et on applique la formule avec n=−2 :
k′(x)=−2×2x×(x2+1)−3=−(x2+1)34x.
3.4 Deux pièges
Oublier de multiplier par u′. La dérivée de ex2 n'est pas ex2, mais 2xex2. La dérivée de x2+9 n'est pas 2x2+91.
Se tromper d'extérieur.(ex)2 et ex2 sont deux fonctions différentes. Pour la première, l'extérieur est X2 : sa dérivée est 2ex×ex=2e2x.
3.5 Pour comprendre la formule (hors attendus du programme)
Le programme ne demande pas de démontrer cette formule. Voici l'idée. Pour x proche de a, avec u(x)=u(a), on écrit le taux de variation de v∘u en deux morceaux :
x−av(u(x))−v(u(a))=u(x)−u(a)v(u(x))−v(u(a))×x−au(x)−u(a).
Quand x tend vers a, u(x) tend vers u(a) (on l'admet ici, le chapitre 7 y reviendra). Le premier facteur tend alors vers v′(u(a)) et le second vers u′(a).
Le programme demande de savoir « calculer la fonction dérivée, déterminer les limites et étudier les variations d'une fonction construite simplement à partir des fonctions de référence ». On procède en six étapes.
Ensemble de définition (avec la leçon 2 pour une composée).
Limites aux bornes de l'ensemble de définition (chapitre 4), et asymptotes éventuelles.
Dérivée, mise si possible sous forme factorisée.
Signe de la dérivée, avec un tableau de signes si nécessaire.
Tableau de variations complet : signe de f′, flèches, limites et valeurs des extremums.
Allure de la courbe, à partir du tableau.
4.2 Un exemple avec une racine carrée
Exemple 11. Soit f(x)=x3−x.
1. Ensemble de définition. Il faut 3−x≥0, soit x≤3 : f est définie sur ]−∞;3]. Elle est dérivable sur ]−∞;3[, où 3−x>0.
2. Limite en −∞. Quand x→−∞, 3−x→+∞, donc 3−x→+∞ (composition). Par produit, x→−∞limf(x)=−∞. En l'autre borne, f(3)=3×0=0.
3. Dérivée. On dérive le produit, avec (3−x)′=23−x−1 : pour x<3,
f′(x)=3−x+x×23−x−1=23−x2(3−x)−x=23−x6−3x=23−x3(2−x).
4. Signe. Le dénominateur est strictement positif : f′(x) a le signe de 2−x, positif sur ]−∞;2[, négatif sur ]2;3[.
5. Tableau de variations.f(2)=21=2.
x
−∞
2
3
f′(x)
+
0
−
f
−∞
croissante
2
décroissante
0
6. Courbe. Elle vient de −∞, passe par l'origine (f(0)=0), monte jusqu'au point (2;2), où la tangente est horizontale, puis redescend jusqu'au point (3;0). Quelques valeurs : f(−2)=−25≈−4,47, f(−1)=−2, f(1)=2≈1,41.
4.3 Un exemple avec l'exponentielle
Exemple 12. Soit f(x)=e−x2 sur R.
Limites. Quand x→+∞ ou x→−∞, −x2→−∞, et eX→0 quand X→−∞. Donc f tend vers 0 en +∞ et en −∞ : l'axe des abscisses est asymptote horizontale des deux côtés.
Dérivée (exemple 7) : f′(x)=−2xe−x2, du signe de −2x.
Variations.f est croissante sur ]−∞;0], décroissante sur [0;+∞[, et son maximum est f(0)=1.
La courbe a la forme d'une cloche, symétrique par rapport à l'axe des ordonnées, car f(−x)=f(x). On la retrouvera à la leçon 7.
Définition. Soit f une fonction dérivable sur I. Si sa dérivée f′ est elle-même dérivable sur I, la dérivée de f′ s'appelle la dérivée seconde de f. On la note f′′ (on lit « f seconde ») : f′′=(f′)′. On dit alors que f est deux fois dérivable sur I.
Exemple 13.f(x)=x3−3x2+2 : f′(x)=3x2−6x et f′′(x)=6x−6.
Exemple 14.g(x)=xex : g′(x)=ex+xex=(x+1)ex, puis g′′(x)=ex+(x+1)ex=(x+2)ex.
Interprétation.f′(x) est la pente de la tangente ; f′′(x) indique comment cette pente varie. En physique, si d(t) est la distance parcourue au temps t, d′(t) est la vitesse et d′′(t) l'accélération.
5.2 Fonction convexe, fonction concave
Une sécante à la courbe Cf est une droite qui passe par deux points A et B de la courbe.
Définition (programme). Soit f une fonction définie sur un intervalle I.
f est convexe sur I si, pour tous points A et B de Cf d'abscisses dans I, la portion de courbe comprise entre A et B est située en dessous du segment [AB].
f est concave sur I si cette portion de courbe est toujours située au-dessus du segment [AB].
Avec des calculs : si a<b sont deux réels de I, la sécante passant par A(a;f(a)) et B(b;f(b)) a pour équation y=f(a)+b−af(b)−f(a)(x−a). Dire que f est convexe, c'est dire que, pour tous a<b de I et tout x de [a;b],
f(x)≤f(a)+b−af(b)−f(a)(x−a).
Image mentale. Une courbe convexe est « tournée vers le haut », comme un bol ; une courbe concave est « tournée vers le bas », comme un dôme. Une fonction f est concave sur I si et seulement si −f est convexe sur I.
5.3 La fonction carré est convexe
Exemple 15. Soient a<b deux réels, A(a;a2) et B(b;b2). La pente de la sécante (AB) vaut b−ab2−a2=a+b, et son équation est y=a2+(a+b)(x−a), soit y=(a+b)x−ab. Alors, pour tout réel x :
x2−((a+b)x−ab)=x2−(a+b)x+ab=(x−a)(x−b).
Si a≤x≤b, on a x−a≥0 et x−b≤0, donc (x−a)(x−b)≤0 : la courbe est sous la sécante entre A et B. La fonction carré est convexe sur R.
Par exemple, pour a=−1 et b=2, la sécante a pour équation y=x+2, et x2≤x+2 pour tout x de [−1;2].
Exemple 16 (la racine carrée). Entre O(0;0) et B(4;2), la sécante a pour équation y=2x. Pour 0≤x≤4 : x≥2x⟺x≥4x2 (les deux membres sont positifs) ⟺x(4−x)≥0, ce qui est vrai. La courbe est au-dessus de cette sécante : c'est ce qu'on attend d'une fonction concave. On le démontrera pour toutes les sécantes à la leçon 6.
5.4 Les fonctions de référence
On lit sur leurs courbes, et on justifiera à la leçon 6 :
Fonction
Convexe sur
Concave sur
x↦x2
R
x↦ex
R
x↦x
[0;+∞[
x↦x1
]0;+∞[
]−∞;0[
x↦x3
[0;+∞[
]−∞;0]
x↦ax+b
R
R
Une fonction affine est à la fois convexe et concave : sa courbe est confondue avec ses sécantes.
Théorème (équivalence admise par le programme). Soit f une fonction deux fois dérivable sur un intervalle I. Les quatre propositions suivantes sont équivalentes :
f est convexe sur I ;
la courbe Cf est située au-dessus de chacune de ses tangentes sur I ;
la dérivée f′ est croissante sur I ;
la dérivée seconde f′′ est positive sur I : f′′(x)≥0 pour tout x de I.
De même, f est concave sur I si et seulement si Cf est en dessous de ses tangentes, si et seulement si f′ est décroissante sur I, si et seulement si f′′≤0 sur I.
Pourquoi c'est naturel. Sur une courbe convexe, quand on avance de gauche à droite, la pente des tangentes augmente : f′ croît. Et f′ croissante, c'est f′′≥0 (signe de la dérivée et variations, appliqué à f′).
En pratique, on étudie la convexité avec le signe de f′′.
6.2 Démonstration du programme
Propriété. Si f′′ est positive sur I, alors la courbe représentative de f est au-dessus de ses tangentes.
Démonstration. Soit a un réel de I. La tangente Ta à Cf au point d'abscisse a a pour équation y=f(a)+f′(a)(x−a). On étudie l'écart entre la courbe et la tangente :
g(x)=f(x)−(f(a)+f′(a)(x−a)),x∈I.
La fonction g est dérivable sur I et g′(x)=f′(x)−f′(a) (car f(a) et f′(a) sont des constantes).
Comme f′′≥0 sur I, la fonction f′ est croissante sur I. Donc :
si x≤a, alors f′(x)≤f′(a), donc g′(x)≤0 ;
si x≥a, alors f′(x)≥f′(a), donc g′(x)≥0.
La fonction g est donc décroissante sur I∩]−∞;a] et croissante sur I∩[a;+∞[. Elle atteint son minimum en a, et ce minimum vaut g(a)=f(a)−f(a)−0=0.
x
a
g′(x)
−
0
+
g
décroissante
0
croissante
Donc g(x)≥0 pour tout x de I, c'est-à-dire f(x)≥f(a)+f′(a)(x−a) : la courbe est au-dessus de sa tangente Ta. Comme a est quelconque, elle est au-dessus de toutes ses tangentes.
De même, si f′′≤0 sur I, la courbe est en dessous de ses tangentes (on applique le résultat à −f).
6.3 Étudier la convexité d'une fonction
Exemple 17 (l'exponentielle).(ex)′′=ex>0 pour tout réel x : la fonction exponentielle est convexe sur R. Sa courbe est au-dessus de toutes ses tangentes.
Exemple 18 (la racine carrée). Sur ]0;+∞[, la dérivée f′(x)=2x1 est décroissante : quand x augmente, x augmente, donc 2x1 diminue. La fonction racine carrée est donc concave sur ]0;+∞[. Par le calcul, avec f′(x)=21×x1 et la règle (u1)′=−u2u′ :
f′′(x)=21×(−x2x1)=−4xx1<0.
Exemple 19.f(x)=x3−3x2+2 (exemple 13) : f′′(x)=6x−6=6(x−1).
x
−∞
1
+∞
f′′(x)
−
0
+
convexité de f
concave
convexe
f est concave sur ]−∞;1] et convexe sur [1;+∞[.
Exemple 20.g(x)=xex (exemple 14) : g′′(x)=(x+2)ex, du signe de x+2. La fonction g est concave sur ]−∞;−2] et convexe sur [−2;+∞[.
Méthode. Pour étudier la convexité de f sur I : on calcule f′′(x), on étudie son signe, et on conclut : convexe là où f′′≥0, concave là où f′′≤0.
Définition. Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I, et A le point de Cf d'abscisse a, où a est un réel de I qui n'est pas une borne de I. On dit que A est un point d'inflexion de Cf si la courbe traverse sa tangente en A.
En un point d'inflexion, la fonction change de convexité : elle passe de concave à convexe, ou de convexe à concave.
7.2 Avec la dérivée seconde
Propriété. Soit f deux fois dérivable sur I. Si f′′ s'annule en aen changeant de signe, alors le point de Cf d'abscisse a est un point d'inflexion.
Exemple 21.f(x)=x3−3x2+2. D'après l'exemple 19, f′′ s'annule en 1 en changeant de signe : le point A(1;0) est un point d'inflexion (f(1)=1−3+2=0).
Vérifions que la courbe traverse sa tangente. f′(1)=3−6=−3, donc la tangente en A a pour équation y=−3(x−1), soit y=−3x+3. L'écart vaut
f(x)−(−3x+3)=x3−3x2+3x−1=(x−1)3,
négatif si x<1 (courbe sous la tangente) et positif si x>1 (courbe au-dessus) : la courbe traverse bien sa tangente en A.
7.3 Un piège : f′′(a)=0 ne suffit pas
Pour f(x)=x4, f′′(x)=12x2, qui s'annule en 0. Mais f′′(x)≥0 pour tout réel x : f′′ ne change pas de signe. La fonction est convexe sur R, sa courbe reste au-dessus de sa tangente en 0 (l'axe des abscisses) : l'origine n'est pas un point d'inflexion.
7.4 Exemple : la courbe en cloche
Exemple 22.f(x)=e−x2 (exemple 12). On dérive f′(x)=−2xe−x2 comme un produit :
f′′(x)=−2e−x2+(−2x)(−2x)e−x2=(4x2−2)e−x2.
Comme e−x2>0, f′′(x) a le signe de 4x2−2=2(2x2−1), qui s'annule en −22 et 22 en changeant de signe.
x
−∞
−22
22
+∞
f′′(x)
+
0
−
0
+
convexité de f
convexe
concave
convexe
La courbe a deux points d'inflexion, d'abscisses ±22≈±0,707 et d'ordonnée e−1/2≈0,607. Le « dôme » de la cloche est concave ; ses deux « pieds » sont convexes.
7.5 Lire la convexité sur les courbes de f, f′ et f′′
On regarde la courbe de…
f est convexe là où…
Point d'inflexion là où…
f
la courbe est sous ses sécantes, au-dessus de ses tangentes
la courbe traverse sa tangente
f′
f′ est croissante
f′ change de sens de variation (extremum de f′)
f′′
la courbe de f′′ est au-dessus de l'axe des abscisses
la courbe de f′′ traverse l'axe des abscisses
Attention aux confusions. Sur la courbe de f′, le signe de f′ donne les variations de f, et les variations de f′ donnent la convexité de f. Ce sont deux lectures différentes.
Exemple 23. Pour f(x)=x3−3x2+2 : la courbe de f′(x)=3x2−6x est une parabole dont le sommet a pour abscisse 1 ; f′ est décroissante puis croissante, donc f est concave puis convexe. La courbe de f′′(x)=6x−6 est une droite qui coupe l'axe des abscisses en 1. Les trois lectures donnent le même point d'inflexion, d'abscisse 1.
7.6 Esquisser une courbe à partir de tableaux
Le programme demande d'esquisser l'allure de la courbe de f à partir des tableaux de variations de f, de f′ ou de f′′. On combine deux informations : le sens de variation de f (signe de f′) et sa convexité (variations de f′ ou signe de f′′).
Exemple 24. Une fonction f est croissante sur R, et f′ est croissante sur ]−∞;0] puis décroissante sur [0;+∞[. Alors f est convexe sur ]−∞;0] et concave sur [0;+∞[ : la courbe monte toujours, d'abord de plus en plus vite, puis de moins en moins vite. Le point d'abscisse 0 est un point d'inflexion, là où la pente est la plus forte. C'est l'allure d'une courbe en « S ».
7.7 En contexte : le moment où la croissance est la plus rapide
Au lycée, la nouvelle d'un concert gratuit se répand parmi les 1200 élèves. Le nombre d'élèves au courant, t heures après l'annonce, est modélisé par
R(t)=1+e3−t1200,t≥0.
R(0)=1+e31200≈57, et t→+∞limR(t)=1200, car e3−t→0.
On peut calculer R′(t)=(1+e3−t)21200e3−t>0 et R′′(t)=(1+e3−t)31200e3−t(e3−t−1).
R′′(t) a le signe de e3−t−1, positif si t<3 et négatif si t>3 (la fonction exponentielle est strictement croissante et e0=1). La fonction R est convexe sur [0;3] et concave sur [3;+∞[ : le point (3;600) est un point d'inflexion.
Interprétation.R′(t) est la vitesse de propagation, en élèves par heure. Elle augmente tant que R est convexe et diminue ensuite : elle est maximale au point d'inflexion, au bout de 3 heures, où elle vaut R′(3)=41200=300 élèves par heure.
Leçon 8 : Démontrer des inégalités par la convexité
Avec une tangente. Si f est convexe sur I et a est un réel de I, alors, pour tout x de I, f(x)≥f(a)+f′(a)(x−a). Si f est concave, l'inégalité est dans l'autre sens.
Avec une sécante. Si f est convexe sur [a;b], alors, pour tout x de [a;b], f(x)≤f(a)+b−af(b)−f(a)(x−a). Si f est concave, l'inégalité est dans l'autre sens.
Méthode. On choisit la fonction, on justifie sa convexité ou sa concavité (signe de f′′), on écrit l'équation de la tangente ou de la sécante qui convient, et on conclut.
8.2 Avec une tangente
Exemple 25 : ex≥x+1 pour tout réel x. La fonction exponentielle est convexe sur R (exemple 17). Sa tangente au point d'abscisse 0 a pour équation y=e0+e0(x−0), soit y=x+1. La courbe est au-dessus de cette tangente, donc ex≥x+1 pour tout réel x.
Au chapitre 4, cette inégalité a été démontrée en étudiant la fonction x↦ex−x−1. La convexité la donne en une ligne.
Exemple 26 : x≤2x+1 pour tout x≥0. La fonction racine carrée est concave sur ]0;+∞[ (exemple 18). Sa tangente au point d'abscisse 1 a pour équation y=1+21(x−1), soit y=2x+1. La courbe est en dessous de cette tangente, donc x≤2x+1 pour tout x>0 ; c'est vrai aussi pour x=0.
Par exemple, 1,1≤1,05 (la calculatrice donne 1,1≈1,0488).
8.3 Avec une sécante
Exemple 27 : ex≤1+(e−1)x pour tout x de [0;1]. La fonction exponentielle est convexe. La sécante passant par A(0;1) et B(1;e) a pour pente 1−0e−1=e−1, et pour équation y=1+(e−1)x. Sur [0;1], la courbe est sous la sécante, d'où l'inégalité.
8.4 Encadrer un nombre
Exemple 28. Pour x=0,5, les exemples 25 et 27 donnent
1,5≤e0,5≤1+0,5(e−1)=21+e≈1,859.
La calculatrice donne e0,5≈1,649. Pour x=0,1 : 1,1≤e0,1≤1+0,1(e−1)≈1,172, avec e0,1≈1,105. Plus x est proche de 0, plus la tangente donne une bonne valeur approchée.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Les dérivées de référence et les règles de Première : (uv)′=u′v+uv′, (vu)′=v2u′v−uv′, et la tangente y=f(a)+f′(a)(x−a). Le signe de f′ donne les variations de f.
La composée v∘u est définie par (v∘u)(x)=v(u(x)) : on applique u, puis v. En général, v∘u=u∘v. Elle est définie là où u(x) est dans l'ensemble de définition de v.
(v∘u)′=(v′∘u)×u′ : on dérive l'extérieur en gardant l'intérieur, puis on multiplie par u′. En particulier (eu)′=u′eu, (un)′=nu′un−1 et (u)′=2uu′.
Une étude complète : ensemble de définition, limites, dérivée factorisée, signe, tableau de variations, courbe.
f est convexe sur I si sa courbe est sous ses sécantes, concave si elle est au-dessus. Pour f deux fois dérivable, convexe équivaut à : courbe au-dessus de ses tangentes, f′ croissante, f′′≥0 (admis). Démontré : si f′′≥0, la courbe est au-dessus de ses tangentes.
Un point d'inflexion est un point où la courbe traverse sa tangente : la convexité y change. Si f′′ s'annule en changeant de signe, il y a un point d'inflexion ; f′′(a)=0 seul ne suffit pas.
Pour démontrer une inégalité, on utilise la position d'une courbe convexe (ou concave) par rapport à ses tangentes et à ses sécantes. Exemples : ex≥x+1, x≤2x+1.
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